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Le baclofène, un médicament miracle pour guérir de l’alcoolisme ?

Le baclofène est un décontractant musculaire indiqué dans le traitement de la sclérose en plaque et de la paraplégie. Depuis plusieurs années, la question de l’efficacité du médicament dans le traitement de l’alcoolo-dépendance a été soulevée par de nombreux acteurs du secteur médical.

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L’expérience du Dr Ameisen

La médiatisation du baclofène date principalement de la parution en octobre 2008 de l’ouvrage du docteur Olivier Ameisen « Le dernier verre ». Le cardiologue souffrant d’alcoolisme y raconte son automédication avec le baclofène pour guérir. Ce médecin a utilisé le médicament à très hautes doses pour supprimer les symptômes de l’addiction, notamment le « craving », c’est-à-dire l’envie irrépressible de boire. Depuis, des associations luttent en faveur de l’autorisation du baclofène au delà de ses indications principales. Pour autant, sans étude à long terme sur les effets du médicament, les autorités sont jusqu’alors restées prudentes étant donné le contexte actuel : crise de confiance sur les médicaments et remise en cause de l’industrie pharmaceutique.

Actualisation du statut du baclofène

Il y a quelques jours, l’Afssaps a publié un rapport dans lequel il est indiqué que si l’efficacité du baclofène dans la prise en charge de la dépendance à l’alcool n’est pas encore démontrée à ce jour, des données observationnelles montrent des bénéfices cliniques chez certains patients. L’organisme nuance ses propos en préconisant de nouvelles études et une meilleure connaissance du profil de sécurité d’emploi du baclofène. Au mois d’avril, l’AFSSAPS a autorisé le lancement d’un essai clinique contrôlé chez des sujets alcooliques. Il s’agit d’une étude randomisée en double insu dont l’objectif est de montrer comparativement à un placébo l’efficacité du baclofène sur la consommation d’alcool après un an de traitement.

Concrètement, l’agence autorise le traitement par baclofène pour l’alcoolisme, mais seulement au cas par cas, et dans le cadre d’une prescription par des praticiens expérimentés dans la prise en charge de cette pathologie. La posologique doit être adaptée à chaque individu et une surveillance rapprochée de la réponse thérapeutique et de la survenue d’effets indésirables doit être effectuée.

Des effets secondaires non négligeables

Alors que de 20 000 à 50 000 personnes sont déjà traitées par baclofène pour l’alcoolo-dépendance selon le Centre régional de pharmacovigilance de Grenoble, le premier bilan annuel de pharmacovigilance établi en mars 2012 a confirmé les effets indésirables du baclofène : effets sédatifs (majorés en cas de prise concomitante de psychotropes et/ou d’alcool), états confusionnels, vertiges.

Utilisé dans le traitement des addictions, le baclofène a des effets secondaires dont certains peuvent être dangereux : risque convulsif, syndrome des jambes sans repos, troubles musculaires paradoxaux, hypotension artérielle… En conséquence, l’Afssaps rappelle que le baclofène doit être utilisé avec précaution chez les patients insuffisants hépatique ou rénaux. Compte tenu de ces effets secondaires importants, il est étonnant que l’AFSSAPS ait autorisé ce médicament, même au cas par cas, sans étude plus large pour prendre connaissance des effets à long terme de son utilisation sur les sujets atteints d’alcoolo-dépendance.

Une maladie chronique sans véritable guérison

La dépendance à l’alcool est une maladie chronique, on ne parle pas de « guérison », mais plutôt de rétablissement avec un risque toujours important de rechute après la période de sevrage. Il n’existe donc pas de médicament miracle, mais des béquilles en complément d’une démarche personnelle, additionnée de l’accompagnement tant de l’entourage que de professionnels qualifiés.

En ce qui concerne le baclofène, la prudence demeure en attendant de nouvelles études menées sur le long terme et sur un échantillon plus représentatif de personnes souffrant de dépendance à l’alcoolisme. Le baclofène peut, par ses effets secondaires non négligeables, se révéler dangereux pour les patients mal suivis. De plus, il ne remplacera pas la mise en place d’un nouveau mode de vie pour les malades.

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