Pathologies

Et si, du cholestérol, vous ne saviez rien ? 1ère partie

La maîtrise (comprenez la baisse) du cholestérol dit « mauvais » (le fameux LDL-c) est grande cause nationale. En France et ailleurs. Pourtant, selon certaines études (d’actualité ou de référence), le cholestérol ne serait pas l’ennemi juré qu’on croit. Enquête sur un mythe qui pourrait bien tomber.

 

Cholestérol

Taux de cholestérol et décès prématuré, un faux combat ?

Il n’y aurait aucune corrélation entre le taux de cholestérol sanguin et le degré d’athérosclérose dans les artères des personnes décédées de mort violente ayant fait l’objet d’une étude… en 1936 (1). Déjà, il apparaît que les individus qui avaient un cholestérol bas avaient autant d’athérosclérose à leur décès que ceux dont le cholestérol était élevé.

Rappelons que le processus athéromateux (l’artériosclérose) est naturel puisqu’il se développe dès la vie embryonnaire. C’est quand celle-ci s’accompagne de plaques d’athérome qu’on parle d’athérosclérose.

Des études qui en disent long sur nos méconnaissances

Au Japon, pays connu pour sa nourriture pauvre en graisse, le cholestérol sanguin est bas et le risque d’avoir une crise cardiaque beaucoup plus faible qu’ailleurs. La tentation est vive de postuler que l’athérosclérose y est rare. Or, une étude post-mortem de l’aorte (l’artère principale du corps) a montré que le degré d’athérosclérose était pratiquement identique entre les Américains et les Japonais dans les mêmes tranches d’âge (quasiment pas de différence entre 60 et 80 ans).

Autre exemple : dans l’étude des hôpitaux psychiatriques du Minnesota (1989), une réduction de 14 % du cholestérol n’a été accompagnée d’aucun effet sur la morbidité (2) ou la mortalité coronarienne.

Encore un élément troublant : une étude conduite aux Etats-Unis en 2009 par le Dr. Gregg C. Fonarow (3) a montré que près de 75 % des patients hospitalisés à l’occasion d’une crise cardiaque présentaient des taux de cholestérol conformes aux recommandations en vigueur, ne préjugeant donc en rien d’un risque d’événement cardio-vasculaire majeur. Le LDL-c si décrié était normal chez tous et optimal pour près de la moitié du groupe testé.

Lisa Collier Cool, celle qu’aux Etats-Unis on surnomme l’« expert-santé », révèle, dans un article sur le thème du cholestérol, qu’au moment de calculer le risque cardio-vasculaire fatal, les compagnies d’assurance-vie ne prennent pas en compte le taux de LDL-c, le « mauvais » cholestérol. En effet, les études de référence servant au calcul du montant de la prime d’assurance montrent que celui-ci représente le pire indicateur du risque cardiaque. En pratique, les compagnies d’assurance divisent le taux de cholestérol global par celui du HDL-c (le « bon »).
« Si le ratio est inférieur à 3 et qu’on n’observe pas d’inflammation au niveau des artères, vous êtes pour ainsi dire « blindé » contre les attaques cardiaques et les AVC (4) », fait remarquer Amy Doneen, Directrice clinique du Centre de prévention des maladies cardiaques et des AVC de Spokane, Washington.

Athérosclérose : plaque d'athérome dans un vaisseau

Quand le cholestérol n’explique pas tout des maladies coronariennes

Le 11 juin 1994 paraît dans la revue scientifique « The Lancet » les résultats d’une étude dite « Etude de Lyon » (de Lorgeril, Renaud et coll., en anglais « The Lyon Heart Study ») : celle-ci donne les résultats d’une vaste enquête réalisée auprès de patients ayant survécu à une attaque cardiaque. Une partie des patients se voit prescrire une alimentation de type méditerranéenne enrichie en matières grasses à base de colza, tandis que l’autre reçoit une alimentation administrée classiquement après un infarctus.

L’expérience se traduit par une réduction de la mortalité de 70 % chez les personnes en post-infarctus suivant le régime méditerranéen.

Régime méditerannéen vs. régime classique cholestérol
Cette étude ne contredit pas l’importance du cholestérol dans la genèse des maladies coronariennes ; elle montre qu’il existe d’autres facteurs de risque importants à la portée, notamment, de l’intervention diététique. Les prendre en compte, c’est participer de la réduction de la cause numéro un de mortalité dans le monde d’aujourd’hui.

Ne serait-il pas temps de « croiser nos regards », comme le suggèrent les organisateurs du colloque (5) qui se tiendra le 23 novembre 2012 à l’auditorium MACIF Pernet (Paris 15e, entrée libre) ? Le thème en est l’alimentation et son influence sur notre santé : nos habitudes de consommation ont été considérablement modifiées au cours des dernières décennies, avec pour corollaire le développement de maladies chroniques, enjeu qu’il est temps d’explorer de façon interdisciplinaire.

Sonia Kaloustian

1. Etude des Drs. Kurt Landé (anatomopathologiste) et  Warren Sperry (biochimiste) du service de Médecine Légale de l’Université de New-York
2. morbidité : Terme de l’épidémiologie : nombre de personnes souffrant d’une maladie donnée pendant un temps donné, en général une année, dans une population. L’incidence (nouveaux cas) ou la prévalence (la somme de tous les cas) sont deux façons d’exprimer la morbidité d’une maladie.
3. Dr. Gregg C. Fonarow4, Professeur de science et médecine cardio-vasculaire à l’Ecole de Médecine David Geffen-UCLA
4. AVC : accident vasculaire cérébral
5. Colloque : ADNC (Association de Diététique et Nutrition Critiques) en association avec La Mutualité Française, La MNFCT, La MACIF et Preformence http://www.adnc.asso.fr/-Colloque-Regards-croises-sur-notre-

 

Cet article fait partie de notre dossier sur les maladies cardio-vasculaires.
A lire sur le sujet :
 Êtes-vous incollable sur le cœur ?
– 
Les maladies cardio-vasculaires, une affaire de comportement ?
– Et si, du cholestérol, vous ne saviez rien ? 2e partie – 3e partie – 4e partie – 5e partie
– L’ivabradine, nouvelle thérapie cardio-vasculaire ?
– Jusqu’ici vous vous soigniez? Jouez aux serious games maintenant !


A suivre :

– Rôle du cholestérol dans l’organisme : on évoque le « bon » et le « mauvais », de quoi s’agit-il exactement ?
– Prévention : de quelle nature peut-elle être au regard des dernières connaissances sur le sujet du cholestérol, avec quelles mesures hygiéno-diététiques ?
– Statines : leur lien avec le cholestérol, leur rôle, avantages et contre-indications


Sources

http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_1194737/prevention-cardio-vasculaire-le-choix-de-la-statine-la-mieux-adaptee-depend-de-son-efficacite-et-de-son-efficience-fiche-bum
http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2012-02/statine_-_fiche_bum.pdf
http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_969195/efficacite-et-efficience-des-hypolipemiants-une-analyse-centree-sur-les-statines
http://www.phac-aspc.gc.ca/publicat/clinic-clinique/pdf/s8c54f.pdf
http://crusadefortruth.com/links/PDFS/Cholesterol_Myths%20_that_May_Surprise_You.pdf
http://www.sciencedaily.com/releases/2012/03/120326113713.htm
http://newsroom.ucla.edu/portal/ucla/majority-of-hospitalized-heart-75668.aspx
http://www.minerva-ebm.be/fr/article.asp?id=1928
http://www.adnc.asso.fr/Colloque-Regards-croises-sur-notre-43
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/9989963
http://circ.ahajournals.org/content/99/6/779.full.pdf
http://www.regime-mediterraneen.fr/2009/07/17/focus-sur-une-etude-cle-en-dietetique-letude-de-lyon/
http://circ.ahajournals.org/content/103/13/1823.short
http://www.1stvitality.co.uk/barleans/lyonstudy.htm
http://www.creze.net/cretois/cretois.htm


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