Alimentation

Oméga-3 et dépression : à la recherche du facteur diététique

Depuis quelques années le caractère parfois épidémique de la dépression a conduit les spécialistes à s’orienter vers la recherche de facteurs diététiques ou environnementaux pouvant contribuer à la survenue des troubles dépressifs et à leur traitement. Dr Annick James-Deidier

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Le constat est récurrent : le changement des habitudes alimentaires des populations des pays développés tend à remplacer les oméga-3 (acides gras polyinsaturés), par des acides gras saturés ou par des acides gras oméga-6 polyinsaturés. Ce changement peut entraîner des conséquences sur la santé. La consommation de poisson, entre autres, apporte des oméga-3 à l’organisme.

Dépression et oméga-3

Le déficit en oméga-3 peut être aussi d’origine génétique ou lié à des facteurs environnementaux.

Oméga-3 vs. oméga-6 : quand le déficit de l’un profite à l’autre… et plombe notre humeur

Les oméga-3 et les oméga-6 sont des acides gras essentiels pour la santé. Sur le plan biochimique, il y a compétition entre les oméga-3 et les oméga-6. La surconsommation d’oméga-6 entraîne une accumulation de ceux-ci dans la membrane cellulaire, entraînant de nombreuses conséquences pathologiques en raison de la formation de facteurs pro-inflammatoires. Or les oméga-3 ont une action modulatrice sur cette inflammation ; en particulier cette action anti-inflammatoire des oméga-3 faciliterait la conduction nerveuse entre les neurones et leur rôle serait capital pendant la petite enfance : un déficit en oméga-3 pouvant alors entraîner des désordres se répercutant à plus long terme.

Quelques études épidémiologiques ont montré une relation entre déficit en oméga-3 et troubles de l’humeur. De même, des études faites chez des patients dépressifs on pu mettre en évidence un déficit en oméga-3 par rapport à des groupes de personnes non dépressives.

Antidépresseur et oméga-3

Antidépresseurs et oméga-3 : un cocktail bienfaisant ?

Sur le plan thérapeutique, il a été montré que l’adjonction d’oméga-3 aux antidépresseurs prescrits pour des dépressions moyennes ou sévères peut améliorer la qualité des résultats sur les troubles de l’humeur. Par contre, les oméga-3 administrés en mono-thérapie n’ont pas fait la preuve de leur activité sur la dépression, en dehors de quelques cas chez l’enfant. Il semblerait que leur action, lorsqu’elle existe, ne soit démontrée que dans les cas de dépression confirmée et non pas dans les simples troubles de l’humeur pour lesquels le diagnostic de dépression n’a pas été formellement établi.

On a par ailleurs quelques indications tendant à montrer une influence positive des oméga-3 dans la prévention de la dépression post-partum (dans les suites de l’accouchement) mais ces observations demandent encore confirmation par des études rigoureuses.

En conclusion, les oméga-3 constituent une voie de recherche active pour tenter d’expliciter l’existence d’un terrain favorable au développement des troubles dépressifs. Ils pourraient alors éventuellement montrer un intérêt en tant qu’apport thérapeutique en association aux antidépresseurs, voire aussi un atout valable dans la prévention de l’apparition des troubles dépressifs (chez l’enfant ou en post-partum en particulier).

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