Pathologies

Les statines : et si, du cholestérol, vous ne saviez rien ? 5e partie


Qui dit cholestérol dit aussi statines. Si vous faites partie des plus de 5 millions de Français qui en consomment, ce qui suit devrait vous intéresser.

Cet article fait partie de notre dossier sur les maladies cardio-vasculaires.
A lire sur le sujet :
Êtes-vous incollable sur le cœur ?
Les maladies cardio-vasculaires, une affaire de comportement ?
Et si, du cholestérol, vous ne saviez rien ? 1re partie2e partie3e partie4e partie
L’ivabradine, nouvelle thérapie cardio-vasculaire ?
Jusqu’ici vous vous soigniez? Jouez aux serious games maintenant !
Statines, quel rapport bénéfice/risque ?

Cholestérol et statines

Elles permettraient de réduire de 10 % le risque de décès par maladie cardio-vasculaire. En 25 ans, les indications des statines se sont multipliées au point qu’elles sont aujourd’hui prescrites très largement en prévention, y compris auprès de patients n’ayant pas d’antécédents cardio-vasculaires. Peut-être y a-t-il là matière à vigilance car leur prescription massive n’exclut pas quelques désagréments et effets secondaires, quand ce ne sont pas des contre-indications.

Les statines et leur fonctionnement

Les statines forment une classe d’hypolipidémiants, utilisés comme médicaments pour baisser la cholestérolémie de personnes qui risquent une maladie cardio-vasculaire. Elles agissent au niveau du foie en diminuant (ou inhibant) l’HMG-CoA réductase, enzyme clé de la synthèse du cholestérol. Le foie va alors fixer le LDL-cholestérol et ainsi abaisser le LDL-c circulant.

La classe des statines comprend en France cinq molécules différentes :

Les différentes statines commercialisées en France

Vouloir à tout prix faire baisser le LDL-c, un mauvais choix ?

Une étude du Tufts Medical Center (Boston), présentée à la réunion annuelle de l’American College of Cardiology de Chicago, a montré qu’un faible taux de cholestérol LDL (le « mauvais ») peut favoriser l’émergence d’un cancer plus tard dans la vie. Il s’agit ici de la première étude à examiner la relation entre de faibles taux de LDL-C et le risque de cancer sur une longue période chez des patients sans antécédents de traitement par hypocholestérolémiants.
On comprend mieux l’actuelle circonspection à l’utilisation des statines dont l’objectif est d’abaisser ledit taux.

Cholestérol maîtrisé

Prévention primaire et prévention tout court, à ne pas confondre

« La véritable problématique n’est pas tant le choix de la molécule (même si cette question est importante) que le niveau de risque cardio-vasculaire à partir duquel il est justifié d’un point de vue médical et économique d’instaurer un traitement. (…) Les quelques études analysant l’efficience des statines selon le niveau de risque cardio-vasculaire ne permettent pas de justifier la prescription d’une statine en prévention primaire pour les patients à faible risque. », annonce la Haute Autorité de Santé dans une recommandation de 2010.

En cas d’hypercholestérolémie primaire, ce n’est que lorsque la réponse au régime alimentaire et aux autres traitements non pharmacologiques (par exemple : activité physique, perte de poids) est insuffisante que l’on devrait envisager un traitement complémentaire aux statines.

Rappelons que la prévention primaire complète inclut un régime alimentaire approprié, de l’activité physique et le contrôle d’autres facteurs de risque cardio-vasculaire tels que :

  • le tabagisme ;
  • l’hypertension artérielle ;
  • le diabète ;
  • le surpoids ;
  • la sédentarité.

Si les mesures hygiéno-diététiques sont un préalable à tout traitement par statine, leur poursuite est indispensable pendant toute la durée du traitement.

Chez l’hypertendu diabétique, une statine est proposée lorsque les taux de LDL-c recommandés ne sont pas atteints après trois mois de mesures hygiéno-diététiques.

La prévention secondaire, pour éviter la récidive d’un accident cardio-vasculaire

En prévention secondaire de maladies résultant du rétrécissement ou de l’occlusion d’artères (infarctus du myocarde, angine de poitrine, artériopathie oblitérante des membres inférieurs, accident vasculaire cérébral), trois statines ont obtenu une indication fondée sur une démonstration de leur efficacité sur la morbi-mortalité :

  • la simvastatine, chez les coronariens, les artéritiques, ou après un AVC (étude 4S) ;
  • la pravastatine, chez les coronariens (études CARE et LIPID) ;
  • la fluvastatine, après angioplastie coronarienne (étude LIPS).

Articulations et inflammation

Les effets indésirables

Il existe deux types de statines : les hydrophiles et les hydrophobes. Ce sont les secondes qui ont montré la plus grande toxicité (hépatique et musculaire). Les études observationnelles ont rapporté des plaintes musculaires en relation avec la prise de statines chez 5 à 10 % des patients, cause fréquente de l’arrêt du traitement.

Deux effets plus sérieux sont à noter : l’élévation des transaminases hépatiques et les atteintes du muscle squelettique. Des alternatives existent qui consistent à changer de statine ou à en alterner un jour sur deux ; l’efficacité à long terme n’est pas radicalement démontrée à ce jour.

Les contre-indications

Les contre-indications des statines sont une hypersensibilité à l’un des constituants du médicament, une myopathie, une affection hépatique évolutive et/ou une élévation prolongée des transaminases, une insuffisance rénale sévère (pravastatine). La grossesse constitue une contre-indication ou une non-indication à la prescription des statines, également déconseillées pendant l’allaitement.

Pamplemousse et statines, une cohabitation à oublier

En bloquant la métabolisation de certains médicaments, le pamplemousse augmente significativement la concentration sanguine de certains médicaments, entraînant un phénomène d’overdose médicamenteuse.

Ainsi, un jus de pamplemousse pris en même temps que la simvastatine (Zocor, Vytorin) multiplie par 15 son absorption (représentant ainsi la dose de deux semaines en une seule prise) et peut provoquer des atteintes musculaires graves ; l’atorvastatine (Tahor, Lipitor) multiplie l’absorption par deux.

Sonia Kaloustian

Sources :
Grapefruit juice interaction with drugs can be deadly
Les dangers du pamplemousse
Certains médicaments dangereux avec le pamplemousse et d’autres aliments
Intéraction entre le pamplemousse et son jus et certains médicaments
Cholestérol : est-il nécessaire de prendre des statines ?
Etude HAS statines-argumentaire_complet_maj_sept_2010
Faible cholestérol LDL, risque de cancer plus tard dans la vie – ACC’s Annual Scientific Session
Low LDL cholesterol is related to cancer risk

Articles similaires