Alimentation

La vitamine D, parent pauvre de l’hiver – 3/4

Vous avez fait contrôler votre dosage en vitamine D mais vous ne savez pas en quelle quantité vous supplémenter ? Lisez la suite de notre dossier pour agir selon votre typologie et vos besoins.

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Ostéoporose et vitamine D

Quelle supplémentation ?

L’apport quotidien de 400 UI recommandé depuis plus de 90 ans s’avère en fait inférieur aux besoins, surtout dans les pays peu ensoleillés. Cette dose se justifiait autrefois car elle était suffisante pour prévenir le rachitisme, mais on sait maintenant que l’absorption intestinale du calcium et sa fixation osseuse ne peuvent avoir un effet véritablement protecteur pour l’os que si les doses de vitamine D sont nettement supérieures aux doses classiquement recommandées. Le calcium est très peu absorbé et ne peut pas se fixer sur l’os en cas de carence ou déficience en vitamine D.

Les conséquences osseuses de la carence ou de la déficience peuvent se manifester à tous les âges de la vie : rachitisme pendant l’enfance, décalcification ou déminéralisation pendant la grossesse ou l’allaitement ; cette déficience de la femme enceinte peut avoir un retentissement ultérieur sur l’enfant avec altération de la qualité dentaire (caries) et osseuse (croissance, rachitisme). Chez l’adulte, c’est l’ostéomalacie ou enfin l’ostéoporose à un âge plus avancé avec comme conséquence des fractures osseuses.

Les signes révélateurs d’une déficience en vitamine D sont l’apparition d’une faiblesse musculaire, de douleurs musculaires et de fatigue inexpliquées par ailleurs.

 

La bonne dose de vitamine D

Actuellement, les doses recommandées varient en fonction de l’âge (croissance, grossesse, allaitement, vieillissement cutané) et du degré d’ensoleillement des individus lié à leur situation géographique, à leurs habitudes vestimentaires, à leur attitude vis-à-vis de l’exposition au soleil ou à leur couleur de peau.

Il est préférable d’en discuter avec son médecin car il ne faut pas oublier qu’il existe certaines contre-indications absolues à la prise de vitamine D (hypercalcémie, hyperphosphorémie, hypermagnésémie ou encore intolérances aux divers excipients du produit). En revanche, on sait maintenant que les doses toxiques sont très supérieures à la fourchette préconisée comme supplémentation.

Des différences selon l’endroit du globe

Des études menées par la Société Canadienne de pédiatrie (1) sur des nouveau-nés Inuits du Grand Nord revoient les recommandations de doses à la hausse chez ce type de populations privées d’exposition du corps au soleil et demandent que de nouvelles études sur des populations bien sériées soient initiées pour mieux cerner les fourchettes de doses à recommander. Ils pensent que la supplémentation devrait être proportionnelle au poids ou à l’indice de masse corporelle (IMC).

Grossesse et vitamine D

D’après Hollis et Wagner (2), dans une étude contrôlée et randomisée comparant 3 doses (400 UI, 2000 UI et 4000 UI) les doses de 4000 UI chez la femme enceinte administrées quotidiennement à partir du 4e mois permettent d’atteindre un taux suffisant pour le nourrisson dans le lait maternel et ceci sans toxicité particulière pour la mère..

Une étude plus récente (3) réalisée en Australie et Nouvelle-Zélande recommande de maintenir des taux plasmatiques de vitamine D supérieurs à 60-70 ng/ml après l’été afin qu’ils ne baissent pas trop pendant l’hiver. Les enfants de plus de 12 ans devraient recevoir 600 UI par jour, de même que les femmes en fin de grossesse ou qui allaitent.

Pour faciliter l’observance au traitement, on propose de leur faire prendre des ampoules fortement dosées (100 000 UI ou 200 000 UI) tous les 3 mois ou tous les 6 mois selon les cas. Les enfants en plus bas âge devraient recevoir 400 UI par jour pendant au moins les deux premières années de leur vie. Les auteurs déplorent aussi le manque de données fiables étayées par des études contrôlées sur l’intérêt de la supplémentation en vitamine D.

Les adultes également concernés

Pour l’adulte, Santé Canada postule qu’il pourrait être nécessaire de consommer un apport minimal de 800 UI/jour à 1 000 UI/jour, et d’atteindre de 2 000 UI/jour à 4 000 UI/jour dans des situations spéciales (grossesse, carence prouvée, couleur de peau, habitudes vestimentaires…). Peut-être l’avenir prouvera-t-il que ces doses sont encore être trop faibles dans certaines circonstances ?

Dans l’état actuel des choses et à nos latitudes, il est raisonnable de préconiser une supplémentation chez les populations à risques décrites plus haut, mais il est difficile de recommander des doses quotidiennes précises car on a vu que cette notion reste encore assez floue. Il convient donc de vérifier le taux sanguin par des dosages avant traitement et au bout de quelques mois.

La vitamine D chez les nouveau-nés

Recommandations particulières

Chez les nouveau-nés allaités par leur mère non supplémentée en vitamine D, on peut recommander en prévention une dose de 200 000 UI tous les 6 mois.

Chez les nouveau-nés allaités avec du lait enrichi en vitamine D, une dose de 100 000 UI tous les 6 mois est sans doute suffisante.

Si l’on préfère une administration quotidienne, la dose de 400 UI/jour chez le nourrisson en période d’hiver semble suffisante dans nos pays. La dose peut être doublée chez les enfants à peau noire. Ces doses seront ensuite augmentées chez le plus grand enfant ou l’adolescent en fonction des besoins, des saisons et du poids de l’enfant.

Chez la femme enceinte, une supplémentation de 1 000 à 2 000 UI par jour à partir du 4e mois de grossesse et avec des contrôles plasmatiques semble raisonnable. Cette dose peut être portée à 4 000 UI/j si la femme est vraiment carencée. Un bémol cependant : une étude qui vient d’être publiée (4) souligne le fait que les enfants nés d’une mère ayant des taux élevés de vitamine D pendant sa grossesse auraient plus de chances de développer une allergie alimentaire pendant la petite enfance. La prudence consiste à ne supplémenter que les femmes enceintes déficientes pour les ramener à un taux normal de vitamine D.

Chez les adultes à risque, une dose de 800 à 2 000 UI par jour est recommandée selon les cas. En cas de carence manifeste, on peut préconiser une dose d’attaque de 200 000 UI à renouveler selon la gravité du cas entre 1,5 et 6 mois plus tard.

Dr. Annick JAMES-DEIDIER

A suivre
– Les risques et symptômes d’un apport excessif en vitamine D
– Focus sur la recherche : de nouvelles propriétés à l’étude

Bibliographie
1. Comité de la santé des Premières nations, des Inuits et des Métis. John C Godel, Société Canadienne de Pédiatrie, Paediatr Child Health 2007; 12 (7) : 591-598
2. Vitamin D supplementation during pregnancy: double-blind, randomized clinical trial of safety and effectiveness, Hollis BW, Johnson D, Hulsey TC, Ebeling M, Wagner CL., J Bone Miner Res.  2011 Oct; 26(10):2341-57. doi: 10.1002/jbmr.463
3. Vitamin D and health in pregnancy, infants, children and adolescents in Australia and New Zealand: a position statement. Paxton GA, Teale GR, Nowson CA, Mason RS, McGrath JJ, Thompson MJ, Siafarikas A, Rodda CP, Munns CF., Med J Aust – Feb 2013; 198(3): 142-143
4. Maternal and newborn vitamin D status and its impact on food allergy development in the German LINA cohort study. Weisse K et coll., Allergy 2013; 68: 220-228

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