Pathologies

Le cancer du sein chez la femme 1/5

Rare avant 30 ans, le cancer du sein est le cancer féminin le plus fréquent. S’il semble en augmentation, il faut noter que 85 % des cas peuvent espérer une guérison.

A lire aussi :
Le cancer du sein chez la femme 2/5 – Les différents types de cancer du sein
Le cancer du sein chez la femme 3/5 – Les autres tumeurs et l’influence des hormones

On entend par « cancer du sein » l’apparition d’une tumeur résultant de la prolifération anarchique et indéfinie de cellules de la glande mammaire. Ces cellules tumorales détruisent petit à petit les cellules normales originelles et envahissent progressivement les tissus avoisinants. A un stade plus avancé, on observe une extension régionale puis générale à distance par diffusion lymphatique ou sanguine.

Anatomie du sein
1. Cage thoracique 2. Muscles pectoraux 3. Lobules glandulaires 4. Mamelon 5. Aréole 6. Canaux galactophores
7. Graisse 8. Peau – Source : Patrick J. Lynch, medical illustrator (Wikipédia)

Le sein est constitué de glandes, de canaux et de graisse. Les glandes, organisées en lobules, produisent le lait qui se déverse dans les canaux excréteurs (canaux galactophores). Ces canaux transportent le lait jusqu’au mamelon. Les tissus mammaires sont sous l’influence des hormones féminines (œstrogènes, progestérone et prolactine) dont la quantité varie en fonction des périodes de la vie : puberté, grossesse, allaitement, ménopause.

Le plus fréquent des cancers féminins

Le cancer du sein est le cancer féminin le plus fréquent. Il est rare avant 30 ans, sa fréquence augmente entre 40 et 47 ans et atteint un plateau ; son pic de fréquence maximum se situe entre 60 et 64 ans et il reste encore fréquent jusqu’à 74 ans.

En 2011, 53 000 nouveaux cas ont été diagnostiqués en France. Une augmentation par rapport aux années précédentes (34 000 nouveaux cas dix ans auparavant) qu’il faut probablement relativiser du fait de l’allongement de la durée de vie, de meilleurs dépistages avec diagnostic beaucoup plus précoce et de l’augmentation de la population.

Entre 2001-2002 et 2005-2006, une réduction notable de l’incidence des cancers du sein a été observée tant aux États-Unis que dans divers pays européens, en raison de la décision de réduire autant que possible les traitements hormonaux de la ménopause. C’est entre 50 et 60 ans que cette réduction a été la plus importante, âge le plus concerné par ces traitements hormonaux (1).

Globalement, grâce à la mise en place d’un dépistage systématique et à une meilleure prise en charge thérapeutique on estime à 85 % les cas de cancer du sein qui peuvent aujourd’hui espérer une guérison.

Cellule cancereuse

Des facteurs génétiques ou prédisposants mais pas toujours

Les facteurs de risques évoqués ici ont été associés à une plus grande fréquence de survenue d’un cancer du sein au cours des nombreuses études effectuées sur le sujet, mais il faut savoir qu’un cancer du sein peut se développer en l’absence de tous ces facteurs prédisposants.

En premier lieu, c’est le sexe féminin qui est le facteur causal le plus important puisque seulement 1 % des cancers du sein apparaissent chez l’homme.

Les facteurs génétiques ont un rôle important ; certaines familles sont prédisposées au cancer du sein, surtout si la mère, une tante ou une sœur ont été touchées avant l’âge de 50 ans. Ces cancers familiaux touchent les femmes à un âge plus jeune.
La transmission est liée à des facteurs héréditaires et en particulier au gène BRCA1 porté par le chromosome 17 et au gène BRCA2 porté par le chromosome 13 (BRCA = BReast CAncer). Dans les familles à fréquence élevée de cancer du sein ces gènes ont subi une mutation qui est responsable de cette forte prédisposition à développer la maladie. Des tests génétiques sont disponibles pour dépister, au sein de ces familles connues, les femmes ou même les hommes porteurs de la mutation susceptibles d’être atteints ou de la transmettre.
Une autre forme de cancer du sein peut être liée à la disparition ou la mutation du gène suppresseur de tumeur « p53 » sur le chromosome 17.

Les caractères raciaux : des études pratiquées aux Etats-Unis montrent que la fréquence des cancers du sein avant l’âge de 40 ans est significativement plus importante chez les femmes de race noire ; par contre ce risque s’inverse chez les femmes plus âgées (> 50 ans) avec, au contraire, une prédominance chez les femmes de race blanche (2).

L’âge au moment de la première grossesse : si elle a lieu lorsque la femme est âgée de plus de 30 ans, le risque de cancer du sein est légèrement plus élevé que pour les femmes dont la première grossesse se situe avant l’âge de 25 ans. L’absence de grossesse est aussi un facteur de risque supplémentaire.

La durée de la vie génitale a son importance : si l’apparition du premier cycle menstruel se situe à un jeune âge (avant 12 ans) et si la ménopause survient à un âge plus avancé et que de ce fait la vie génitale est plus longue, on a un risque légèrement plus élevé de cancer du sein.

L’utilisation des contraceptifs oraux a une influence incertaine. Il y aurait une légère augmentation du risque de cancer du sein pendant la durée de la contraception et jusqu‘à 10 ans après l‘arrêt, plutôt chez les femmes ayant débuté leur contraception au moins 4 ans avant leur première grossesse.
Par contre, ce risque ne se retrouve pas chez les femmes qui ont arrêté leur contraception orale depuis plus de 10 ans (3).

Traitement hormonal

Le traitement hormonal substitutif (œstrogène + progestérone) prescrit au moment de la ménopause et poursuivi de nombreuses années peut être un facteur de risque. Une grande étude américaine multicentrique sur 16 608 femmes âgées de 50 à 79 ans suivies pendant 5 ans a montré que la fréquence de survenue du cancer du sein était augmentée chez les femmes prenant un traitement combiné œstro-progestatif par rapport à celles prenant un placebo (4). Bien que les raisons de cette observation ne soient pas réellement élucidées et que les traitements de la ménopause ne soient pas tout à fait les mêmes en France, les recommandations sont de limiter à 5 ans la durée du traitement hormonal substitutif pour les troubles de la ménopause et, si ce n’est pas possible, en tout cas de ne pas excéder 10 ans.

L’obésité réduirait le risque de cancer avant la ménopause, par contre elle serait un facteur d’augmentation du risque, tout comme la sédentarité et le manque d’exercice physique chez les femmes après la ménopause (5). Une alimentation trop riche en graisses peut aussi jouer un rôle.

La consommation régulière d’alcool (plusieurs verres de vin par jour) s’est avérée favoriser l’apparition d’un cancer du sein après la ménopause.

Enfin, l’âge de survenue du cancer est un facteur important : chez les femmes jeunes, l’évolution est généralement plus sévère que chez les femmes plus âgées ayant un cancer similaire et à un stade comparable au départ (6).

Dr. Annick JAMES-DEIDIER

A suivre
– Les différents types de cancer du sein
– Les autres tumeurs
– Les méthodes de dépistage
– Les signes à surveiller
– Les traitements

Bibliographie
1) The incidence of breast cancer and changes in the use of hormone replacement therapy : a review of the evidence. Verkooijen HM, Bouchardy C, Vinh-Hung V, Rapiti E, Hartman M. Maturitas 2009 Oct 20; 64 (2):80-5 doi:10.1016/j.maturitas.2009.07.015. Epub 2009, Aut 25
2) Ethnicity and variation in breast cancer incidence. Brinton LA, Benichou J, Gammon MD, Brogan DR, Coates R, Schoenberg JB. Int J Cancer 1997; 73: 349-55.
3) Breast cancer and hormonal contraceptives: collaborative reanalysis of individual data on 53,297 women with breast cancer and 100,239 women without breast cancer from 54 epidemiologic studies. Collaborative Group on Hormonal Factors in Breast Cancer. Lancet 1996; 347: 1713-27.
4) Risks and Benefits of Estrogen Plus Progestin in Healthy Postmenopausal Women Principal Results From the Women’s Health Initiative Randomized Controlled Trial. Group for the Women’s Health Initiative Investigators, JAMA 2002; 288(3): 321-333. doi:10.1001/jama.288.3.321
5) Risk factors for breast cancer in younger women. Velentgas P, Daling JR. Monogr Natl Cancer Inst 1994; 16: 15-22.
6) Breast cancer outcome and predictors of outcome: are there age differentials? Albain KS, Allred DC, Clark GM.  Monogr Natl Cancer Inst 1994; 16: 35-42.

Articles similaires