Pathologies

Le cancer du sein chez la femme 5/5

Parce que les formes de cancer du sein sont multiples, les traitements le sont aussi. Point sur la question.

Cancer et chute de cheveux

Les moyens dont dispose le corps médical sont maintenant parfaitement adaptés à chaque forme et chaque cas particulier de cancer. De nombreux protocoles thérapeutiques existent, qui varient selon divers facteurs, entre autres :

  • la nature et le degré d’extension du cancer ;
  • son hormono-dépendance ou non ;
  • l’existence ou non de récepteurs aux facteurs de croissance.

La chirurgie

Ablation partielle ou totale du sein. Elle a pour but de retirer la totalité de la tumeur et des cellules cancéreuses infiltrées dans les tissus avoisinants. C’est la taille de la tumeur qui dicte l’attitude chirurgicale. On essayera le plus souvent possible de conserver le sein. Si la tumeur est petite, on fera une tumorectomie (ablation élargie de la tumeur). Pour les tumeurs plus importantes, il est préférable de faire une mammectomie (ablation complète du sein). Elle est le plus souvent complétée d’un curage ganglionnaire (ablation des ganglions de l’aisselle) plus ou moins important selon le degré d’atteinte des ganglions. Au cours de l’intervention, on fait un prélèvement du premier ganglion appelé « ganglion sentinelle » que l’on examine sur le champ afin de savoir s’il présente ou non une atteinte par les cellules cancéreuses. S’il n’est pas atteint, on ne fera pas de curage ganglionnaire, ce qui évite les complications à type de lymphœdème du bras (syndrome du « gros bras » enflé).

La radiothérapie

Elle est très souvent proposée soit seule, soit avant chirurgie, soit plutôt en complément de la chirurgie pour les cancers infiltrants. Elle a pour but de détruire les cellules cancéreuses qui auraient pu s’infiltrer localement, le but étant d’empêcher leur dissémination. Les effets indésirables de la radiothérapie sont principalement une possible irritation et sécheresse cutanée locale et de la fatigue.

La chimiothérapie

Elle vise à détruire toutes les cellules cancéreuses invisibles qui auraient pu disséminer par les vaisseaux lymphatiques ou les vaisseaux sanguins, soit localement, soit dans d’autres organes à distance. Elle peut se faire avant chirurgie ou après la chirurgie, selon le protocole décidé.

De nombreuses classes de substances plus ou moins agressives sont à disposition et le cancer du sein répond bien à la chimiothérapie dans la majorité des cas. Elle est responsable d’effets secondaires plus ou moins gênants ; les plus importants sont les nausées et vomissements, la chute des cheveux, les troubles digestifs, de la fatigue, de l’anémie, des douleurs etc. Elle s’administre par cures successives espacées par des périodes sans chimiothérapie. La durée est fonction de la nature de la tumeur.

L’hormonothérapie

C’est un traitement particulièrement intéressant pour les formes de cancer hormono-sensibles. Elle a l’avantage d’être beaucoup mieux tolérée que la chimiothérapie.

On dispose de quatre classes de traitements hormonaux :

  • les antiœstrogènes dont le chef de file est le Tamoxifène ;
  • les progestatifs (Megace) ;
  • les antiaromatases qui n’ont d’intérêt que chez les femmes ménopausées. Ces produits empêchent la formation d’œstrogènes à partir de la petite quantité d’androgènes (hormones mâles) sécrétés par les surrénales chez la femme ;
  • les agonistes des gonadotrophines hypophysaires, pour bloquer totalement la sécrétion des hormones sexuelles par les ovaires.

Chaque classe a ses effets secondaires spécifiques, mais globalement ils sont responsables de bouffées de chaleur, de sécheresse vaginale, de diminution de la libido et d’ostéoporose. Les antiœstrogènes peuvent favoriser l’apparition d’une cataracte et les progestatifs (Megace) d’hypertension artérielle, prise de poids et troubles vasculaires.

Palpation des seins

Les traitements dits « ciblés »

Ce sont les traitements qui vont agir sélectivement pour bloquer l’action de tel ou tel facteur de croissance sur les cellules tumorales :

  • les inhibiteurs du VEGF (facteur de croissance stimulant la formation des vaisseaux sanguins) bloquent le récepteur du VEGF exprimé sur les cellules tumorales ; mal vascularisées les cellules privées d’oxygène et de nutriments, ne pourront plus se développer (1).
  • les anticorps monoclonaux de synthèse, comme par exemple le trastuzumab qui bloque le récepteur HER-2 lorsqu’il est exprimé par la tumeur ; nous avons vu plus haut que HER-2 favorise en effet le développement des cellules tumorales (2).
  • les inhibiteurs de la tyrosine kinase, enzyme indispensable au fonctionnement des récepteurs membranaires, inhibent la croissance cellulaire, diminuent la vascularisation de la tumeur et induisent l’apoptose, càd la mort cellulaire (1).

Ce sont ces nouveaux traitements ciblés qui redonnent espoir pour traiter les formes graves de cancer du sein, en particulier les cancers appelés « triple négatifs ». Pour ceux-là, on a recours, en dehors de la chirurgie et de la radiothérapie, à la chimiothérapie et aux thérapeutiques ciblées.

De la prévention avant tout

Un remarquable travail de recherche médicale a notablement permis ces dernières années de progresser dans la connaissance des différents types de cancers du sein et des facteurs entrant en jeu. Ces progrès ont abouti à la mise au point de protocoles thérapeutiques ciblés et adaptés à chaque cas qui permettent la guérison d’une grande majorité de patientes.

Ceux-ci ne doivent pas faire oublier la prévention ; la détection précoce des tumeurs constitue un facteur capital pour les chances de guérison, laquelle ne peut se faire sans une participation active des femmes pour se prendre en charge.

Cette posture proactive passe par une surveillance régulière incluant la palpation des seins, un suivi médical à intervalles raisonnables, la mammographie de dépistage systématique et une meilleure connaissance des facteurs de risques, en particulier génétiques et familiaux. Il reste encore des cas difficiles mais la recherche continue son travail et tous les espoirs sont permis.

Dr. Annick JAMES-DEIDIER

 

A lire aussi :

Le cancer du sein chez la femme 1/5 – Facteurs génétiques
Le cancer du sein chez la femme 2/5 – Les différents types de cancer du sein
Le cancer du sein chez la femme 3/5 – Les autres tumeurs et l’influence des hormones
Le cancer du sein chez la femme 4/5 – Méthodes de dépistage et signes à surveiller


Bibliographie

1) Le cancer du sein « triple négatif », P. Frères et Coll., Rev Med Liège 2010; 65:3 :120-126
2) http://www.macmillan.org.uk/Cancerinformation/Cancertypes/Breast/-Symptomsdiagnosis/HormoneandHER2receptors/HER2andbreastcancer.aspx

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