Alimentation

Le tissu adipeux brun pourrait aider à empêcher la prise de poids

Le surpoids, vaste sujet mille fois abordé et jamais épuisé. Avec la distinction graisse blanche-graisse brune induite par une étude récente, peut-on espérer du nouveau dans le traitement et la prévention de l’obésité ?

Graisse brune

Le Professeur Philippe Chanson (1), endocrinologue, rapporte les nouveaux espoirs suscités par une étude américaine (2) portant sur la nature de la graisse analysée à partir de prélèvements faits chez l’homme.

En réalité, il existerait deux sortes de tissu adipeux (cellules graisseuses) :

  • le tissu adipeux blanc qui stocke les apports caloriques en excès ;
  • le tissu adipeux brun qui, au contraire, consomme de l’énergie pour produire de la chaleur (thermogenèse) en faisant intervenir une protéine « découplante » appelée UCP1.

Pour faire simple, cette protéine dissipe l’énergie libérée par l’oxydation des nutriments. Elle est notamment indispensable au maintien de la température corporelle des animaux hibernants et des nouveau-nés.

Une nouvelle piste de recherche en prévention de l’obésité

Jusqu’ici on n’avait décelé ce tissu adipeux brun que chez les rongeurs. Chez l’homme, il reste peu important et il est distribué dans l’organisme de façon très hétérogène, ce qui fait que l’étude de sa fonction chez l’adulte n’avait pas été réalisée.

Les premiers examens pratiqués sur le tissu adipeux brun de la région cervicale chez l’homme ont montré l’existence d’adipocytes (cellules graisseuses) bruns coexistant avec des adipocytes classiques, de nombreuses mitochondries (structure spécialisée à l’intérieur d’une cellule), de nombreux vaisseaux capillaires et filets nerveux ainsi qu’une forte expression de cette protéine découplante UCP1.

Le froid pour faire fondre l’excès de gras ?

Récemment, il a été montré qu’après l’exposition au froid d’un individu, son tissu adipeux brun consommait plus de glucose par gramme que tous les autres tissus. Le but de ce phénomène est d’activer la thermogenèse (production de chaleur) pour maintenir la température du corps humain.

D’où l’idée que la graisse brune pourrait aider à empêcher la prise de poids puisqu’elle est activée lors de la consommation énergétique. Ce phénomène a déjà été étudié chez les rongeurs ; les résultats suggèrent que, chez l’homme, l’activation du tissu adipeux brun pourrait être une nouvelle approche du traitement de l’obésité.

L’étude américaine porte sur 31 sujets chez lesquels, à l’occasion d’un acte chirurgical dans la région cervicale, on a prélevé du tissu adipeux brun dans cinq sites différents du cou. Les chercheurs ont comparé leurs caractéristiques cellulaires à celles du tissu adipeux brun prélevé chez la souris. Les résultats montrent que même si les propriétés du tissu adipeux brun sont assez variables d’un individu à l’autre, on retrouve tout de même un certain nombre de similarités de base ainsi que des similarités avec celui des souris.

La porte reste donc ouverte pour approfondir la recherche en ce sens. L’objectif est de trouver un produit ou une méthode qui permettrait de stimuler la fonctionnalité du tissu adipeux brun, et d’éviter ainsi un stockage excessif de graisses dans l’organisme.

Dr. Annick JAMES-DEIDIER

Bibliographie
1. Philippe CHANSON, Egora.fr 07/04 /2013
2. CYPESS AM, et al., Anatomical localization, gene expression profiling and functional characterization of adult human neck brown fat. Nat Med. 2013 Apr 21. doi: 10.1038/nm.3112.

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