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Le médicament, quelle histoire ! 1ère partie

La pharmacologie moderne doit beaucoup aux Anciens. Nés des drogues traditionnelles puis de l’organisation et de la rationalisation de la recherche, les médicaments ont une histoire riche, autant empirique que scientifique. Voyage au cœur du soin, des premiers remèdes à nos jours.

Médicaments : histoire antique

Le soin aux personnes, vieux comme le monde

Aussi loin que l’on puisse remonter dans la connaissance de l’humanité, la notion de soins aux personnes malades est présente.

La maladie était considérée comme un combat contre l’emprise des forces du Mal : les croyances et la religion étaient totalement imbriquées dans la démarche thérapeutique pratiquée par des médecins-prêtres à la fois guérisseurs, magiciens ou sorciers. La recherche, dans la nature environnante, de plantes ou substances susceptibles d’apporter un soulagement aux douleurs ou de faire tomber une fièvre, d’améliorer un symptôme ou encore de soigner des blessures remonte aux temps les plus anciens. La cueillette représentait le seul mode d’accession au « médicament ». Cependant, l’utilisation des plantes n’était qu’un des éléments d’une pratique globale incluant l’exorcisme, les incantations, les prières, et autres manifestations rituelles variables selon les peuples. C’était davantage le pouvoir magique, apporté par les pratiques entourant la préparation des drogues par le prêtre ou la guérisseuse, qui était recherché que la nature ou l’effet du produit lui-même.

Chronologie histoire des médicaments de -2500 à 1900                                          Chronologie histoire des médicaments de 2500 av J.-C. à 1900 (cliquer pour agrandir)

Les médicaments, une origine avant tout basée sur l’expérience

Cette utilisation totalement empirique de produits trouvés dans la nature pour tenter de lutter contre les maladies ou pour tenter de soigner les blessures est la véritable origine de la naissance finalement très récente des médicaments. C’est par la transmission orale des populations anciennes, de génération en génération, variable selon les continents, que nous possédons ces témoignages. Ils ont été confirmés par la découverte relativement récente de traces écrites des pratiques thérapeutiques de quelques époques très anciennes dans des régions géographiques différentes. Certains peuples vivant toujours en milieu restreint sont riches encore d’informations précieuses, à notre portée.
Les écrits les plus anciens, antérieurs à l’époque gréco-romaine, se limitent aux civilisations mésopotamiennes et égyptiennes.

Les débuts de la galénique… en Mésopotamie !

La découverte de tablettes d’argile avec l’écriture cunéiforme sumérienne a permis de connaître les pratiques de l’époque située environ entre l’an 2500 et l’an 1000 avant J.-C. La maladie était souvent considérée comme un châtiment divin. Pour pouvoir guérir, on se pliait à des pratiques de pénitences, de prières, de même qu’à la prise de remèdes. La pharmacopée de l’époque était composée de plantes, tout comme de minéraux ou d’organes animaux. Déjà à ce moment-là, on avait recours à des préparations spéciales pour administrer les produits : c’est le début de ce que l’on a appelé plus tard la galénique.

La tablette la plus ancienne trouvée en 1948 décrit une douzaine de remèdes allant du sel marin, du salpêtre ou de l’argile aux produits animaux tels que le lait, le miel et même la peau de serpent ou les écailles de tortue. En réalité, ce sont les produits végétaux qui représentent la majeure partie de la pharmacopée de l’époque avec l’utilisation des graines, des racines, des feuilles ou des écorces d’arbres ou plantes tels que la myrte, le thym, le saule, le figuier, le palmier-dattier.

La préparation des premiers remèdes

Ces produits faisaient l’objet de préparations dont la base était la décoction* et la filtration. On parle même déjà de savons pour application externe préparés à partir de graisses animales et cendres alcalines.

D’autres tablettes un peu moins anciennes, datant environ de l’an 1000 à 600 avant JC, montrent une évolution des connaissances que l’on commence à classer selon la nature des diagnostics : troubles digestifs, cutanés ou pulmonaires par exemple.

Les remèdes utilisés sont toujours élaborés principalement à partir des plantes dont les espèces sont déjà plus nombreuses et variées. Ils sont préparés également à partir de minéraux (sel ou argile) et d’organes animaux ou d’excréments. Ils sont accompagnés de miel et de graisse animale et dilués dans du vin, de la bière ou de l’huile végétale. Ces thérapeutiques sont utilisées sous diverses formes : fumigations, inhalations, décoctions, potions et même sous forme de suppositoires. Elles s’accompagnent toujours d’un cérémonial avec prières ou incantations (1).

Dr. Annick JAMES-DEIDIER

*Décoction : placer la plante ou des morceaux coupés ou hachés dans de l’eau, de l’huile ou de l’alcool et faire bouillir pendant deux à 15 minutes selon les cas. Laisser refroidir et filtrer.

A suivre
– Sociétés antiques, entre traditions et rationalisation médicale
– Sociétés occidentales, le rôle des moines dans la diffusion du savoir
– De la Renaissance au 19e siècle, développement des techniques et thérapeutiques
– Du 20e siècle à nos jours, la révolution pharmaceutique, la recherche clinique et fondamentale

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Bibliographie
1. Yves LANDRY Professeur honoraire, université de Strasbourg, Initiation à la connaissance du médicament. UE6, http://www.dunod.com/document/9782100582136/Feuilletage.pdf

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