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Le médicament, quelle histoire ! 2e partie

Qui ne connaît pas Hippocrate et son serment ? Il fait date dans l’histoire de la médecine et des médicaments. Son influence durera plus de 2000 ans tant son  approche médicale et thérapeutique est novatrice. Il n’est pas le seul à avoir apporté sa contribution, connaissez-vous les autres ?

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Ecrits médicaux sur papyrus

L’Égypte, berceau de la pharmacopée

En Égypte, grâce aux papyrus datant de 1550 avant J.-C., on découvre les pratiques médicales de l’époque des XVIIe et XVIIIe dynasties (1634-1292 avant J.-C.) et de Toutankhamon. On sait que les médecins étaient considérés comme des savants et qu’ils avaient une pratique médicale et thérapeutique déjà très élaborée. On peut évaluer leur pharmacopée à environ 700 drogues différentes et plus de 1500 recettes de préparations complexes (1). Le papyrus d’Ebers, en particulier, mesure environ 20 m de long sur 30 cm de large et présente 875 formules de remèdes dont par exemple une préparation à base de foie animal proposée pour les problèmes de vision nocturne, prélude de la découverte des propriétés de la vitamine A.

La nature végétale et minérale au service du soin aux personnes

Les Égyptiens utilisaient, eux aussi, les minéraux, les animaux et surtout les plantes fraîches ou séchées pour préparer décoctions, macérations, tisanes ou fumigations, collyres, gargarismes ou suppositoires.

Parmi les substances utilisées, on peut citer :

  • pour les minéraux : le natron, l’arsenic et la malachite ;
  • pour les végétaux : la scille (propriétés diurétiques), le ricin, la figue et l’aloès (laxatifs) et la décoction de feuilles de saule pour les plaies infectées ;
  • dans les substances d’origine animale très largement utilisées, on retient le foie pour les maladies de la vue, les graisses animales, le lait, le sang et les excréments, urines ou fientes diverses (1).

Chronologie histoire des médicaments de -2500 à 1900

                                          Chronologie histoire des médicaments de 2500 av J.-C. à 1900 (cliquer pour agrandir)

La description des symptômes, véritable rupture dans l’approche de la maladie

En Grèce, la civilisation de l’époque d’Hippocrate (environ 500 ans avant J.-C.) marque une rupture déterminante avec les traditions et apporte une véritable révolution dans l’approche de la maladie et des soins à prodiguer, même si certains continuaient encore à s’appuyer sur les traditions médicales basées sur des croyances surnaturelles et des pratiques religieuses. L’homme et la rationalisation de sa pensée prennent progressivement la place du surnaturel et des forces des dieux. « La maladie est un phénomène naturel qu’il ne faut pas cacher sous le manteau de la divinité » (3).

Hippocrate
Hippocrate (460-377 avant J.-C.), considéré comme le père de la médecine rationnelle, est issu d’une longue lignée de médecins. Il entreprend un énorme travail de description des symptômes et de classement des médicaments. Il rationalise ce que ses ancêtres ou même ses contemporains utilisaient sans discernement. Il fonde sa propre école dans l’île de Kos où il est né. Sa réputation est grande et de nombreux ouvrages manuscrits lui sont attribués, dont entre autres, le fameux serment d’Hippocrate. Parmi ces ouvrages on retient des traités sur les épidémies, les maladies des femmes et même la notion de régime.

Une approche structurée et systématique du corps et de ses maux

Le médecin doit observer ce qui entre et sort du corps. Le régime alimentaire est pris en compte pour les entrées ; les purgatifs, laxatifs, diurétiques et expectorants ainsi que la saignée gèrent les sorties.
La notion des indications et des doses à respecter est apportée. Un traitement doit être administré avec précaution car, s’il peut être bénéfique pour certains malades et à certaines doses, il peut être dangereux, voire mortel pour d’autres malades ou à d’autres doses.

À la suite d’Hippocrate, les auteurs grecs sont restés sur la ligne directrice de cette démarche médicale et thérapeutique pendant plus de 2000 ans (1).

Moines et diffusion de la médecine

Les lieux de culte en Occident, point de départ de la diffusion du savoir

Dans nos sociétés occidentales, cet héritage antique s’est conservé et perpétré principalement dans les lieux de culte (couvents, monastères, abbayes ou églises) sans apport majeur, en tentant de mêler la rationalisation de la pensée humaine et les anciennes connaissances ou traditions locales. Les moines ont joué un rôle important dans la diffusion du savoir en raison de la retranscription qu’ils faisaient de leur culture médicale. À partir du IXe siècle, les abbayes ou monastères prennent de l’importance pour les soins car les plantes médicinales (les simples) sont regroupées et cultivées dans leurs jardins pour éviter les aléas de la cueillette (2).

Galien, pharmacien de la première heure

Galien n’est cité pour la première fois qu’à l’époque de la Renaissance : vivant approximativement entre l’an 130 et l’an 210 et exerçant la médecine à Rome, il serait l’auteur de 400 à 640 ouvrages. Ceux-ci traitent tous les domaines médicaux et recensent de nombreux remèdes dont 473 végétaux (1). On peut le considérer sans conteste comme l’un des fondateurs de la pharmacie.

Si l’influence de Galien s’est répercutée favorablement sur la médecine et l’usage des plantes médicinales, notons que la chirurgie, dont il était un ardent pratiquant, ne franchira pas les frontières. Musulmans et chrétiens considèrent comme un péché de s’adonner à cette technique païenne. La chirurgie, tant dans sa pratique que dans la recherche de son apprentissage, sera ainsi passée sous silence pendant près de deux millénaires, ce qui explique son absence de progrès jusqu’à la Renaissance.

Dr. Annick JAMES-DEIDIER

À suivre
– De la Renaissance au 19e siècle, développement des techniques et thérapeutiques
– Du 20e siècle à nos jours, la révolution pharmaceutique, la recherche clinique et fondamentale

Bibliographie
1. Yves LANDRY Professeur honoraire, université de Strasbourg, Initiation à la connaissance du médicament. UE6 – http://www.dunod.com/document/9782100582136/Feuilletage.pdf
2. François CHAST, Histoire contemporaine du médicament. Editions La Découverte. 09-95
3. http://zeschool.com/paces-medecine/299-histoire-du-medicament

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