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Le médicament, quelle histoire ! 3e partie

De la Renaissance au 19e siècle, l’histoire du médicament connaît des bonds successifs de progrès. L’étude anatomique n’est plus un délit, les premières écoles de santé voient le jour et l’industrialisation naissante permet le développement des thérapeutiques.  

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Instruments médicaux anciens

Les débuts d’une connaissance approfondie du corps avec l’étude anatomique systématique

La Renaissance est une époque qui voit naître l’anatomie, grâce à la pratique plus officielle des dissections sur cadavres ; elles étaient jusqu’alors strictement interdites en raison du caractère sacré du corps humain et passibles de peines de prison ou de mort. Au Moyen-Âge, certains médecins plus avides de connaissances y avaient cependant recours, dans le plus grand secret en allant déterrer des cadavres, mais leurs travaux restaient confidentiels.

Les débuts d’une meilleure connaissance du corps humain et de son fonctionnement permettent de remettre en question les dogmes admis depuis l’antiquité. Parallèlement, le début des grands voyages explorateurs augmentent considérablement les ressources thérapeutiques et médicamenteuses avec des plantes, drogues et épices rapportés des pays lointains. Le développement de l’imprimerie participe à la diffusion des ouvrages médicaux. On publie les premières pharmacopées, le but des recherches étant de trouver un remède spécifique à chaque maladie.

Herbes médicinales

Le XVIIIe siècle et l’extraction chimique des plantes

Au XVIIIe siècle, le développement des sciences physiques et chimiques conduit à la purification des plantes dont l’action restait très aléatoire en raison du nombre et de la complexité des substances entrant dans leur composition. La distillation ou l’extraction chimique ouvrent la voie à de nouvelles productions thérapeutiques. Un même végétal peut renfermer à la fois des substances toxiques, des substances thérapeutiques ou des substances dont les effets sont opposés. Les dilutions ou concentrations différentes des substances extraites font prendre conscience de la notion de dose, une même substance pouvant se révéler sévèrement toxique ou parfaitement bénéfique selon la dose administrée.

Fin du XVIIIe siècle : les premières écoles de santé

Les sciences et la chimie sont officiellement reconnues comme utiles à la nation ; en 1794, les premières écoles de santé sont créées à Paris, Montpellier et Strasbourg, associées aux hôpitaux pour apprendre directement au lit du malade (1). Quelques notions d’hygiène commencent à faire surface ; on commence à utiliser des produits désinfectants tels que l’eau de Javel et le chlore pour purifier l’eau de boisson, on assainit l’air par les pratiques de fumigation.

Les vaches, la variole et un médecin de campagne : découverte de la vaccination

En 1796, un médecin de campagne anglais, Jenner, se rend compte que les valets de ferme en contact avec les vaches sont souvent épargnés par la variole. Afin de protéger un jeune garçon de 8 ans contre cette maladie qui sévissait alors, il a l’idée de l’inoculer avec le contenu des vésicules apparues sur la main d’une trayeuse de vaches qui avait contracté la « vaccine » (variole). L’enfant développe une réaction locale avec de la fièvre, mais sans contracter la forme grave de la maladie qui faisait mourir un grand nombre de personnes atteintes. Lorsque, quelque temps après, il est à nouveau soumis à la variolisation, il ne contracte pas la maladie. Le principe de la vaccination contre la variole était ainsi découvert.

Chronologie histoire des médicaments de -2500 à 1900

                                          Chronologie histoire des médicaments de 2500 av J.-C. à 1900 (cliquer pour agrandir)

XIXe siècle : l’histoire des médicaments écrit un nouveau chapitre avec l’industrialisation

Au XIXe siècle, l’industrialisation est à l’origine d’un bond considérable dans le développement des thérapeutiques. Les substances actives isolées, purifiées et étalonnées donnent naissance aux premiers essais sur les animaux pour en décrypter les propriétés pharmacologiques (Claude Bernard).

L’apparition du microscope permet le passage de l’homme à la cellule.

L’invention de la seringue entraîne le développement de la galénique (c’est-à-dire l’art de préparer un principe actif pour le rendre administrable au patient sous une forme qualifiée de « galénique » : comprimé, pilule, sachet, solution injectable, suspension…).

Les substances actives de la morphine (en 1803) et de la strychnine sont isolées pour lutter contre la douleur.

Thermomètre de Galilée Thermomètre de Galilée-détail

La mise au point d’un thermomètre utilisable pour mesurer la fièvre, considérée à l’époque comme une maladie et pas forcément comme un symptôme, est à l’origine de la découverte des substances capables de la faire baisser. En tête de celles-ci figure la quinine extraite du quinquina (1820).

L’acide acétylsalicylique (principe actif de l’aspirine) est isolé de l’écorce de saule ; grâce à cette capacité à isoler les principes actifs, les molécules pourront être ensuite synthétisées : l’aspirine, synthétisée par Hoffmann en 1853, sera commercialisée pour la première fois en 1893.

Dr. Annick JAMES-DEIDIER

À suivre
– 19e siècle (suite), développement des techniques et thérapeutiques
– Du 20e siècle à nos jours, la révolution pharmaceutique, la recherche clinique et fondamentale

Bibliographie
1. François CHAST, Histoire contemporaine du médicament. Éditions La Découverte. 09-95

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