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Le médicament, quelle histoire ! 4e partie

La pharmacologie moderne n’existerait pas sans les expériences – souvent ratées ! – des Anciens. L’extraction et la purification des principes actifs des plantes ont ainsi permis aux médicaments de faire un bond en avant. Dosages précis, tolérance accrue aux traitements, les produits de synthèse n’étaient plus très loin…  

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Ether et chloroforme_anesthésie Instruments d'anesthésie anciens

On assiste au début des anesthésiques, d’abord avec l’éther puis avec le chloroforme, associés ou non au protoxyde d’azote, ce qui permet des avancées considérables dans la chirurgie dentaire et la chirurgie générale, tant pour le confort du patient que pour la qualité de l’acte.

Avant Pasteur, les hôpitaux plus mortels que les champs de bataille !

Les travaux de Louis Pasteur, père de la microbiologie, établissent les bases des règles d’hygiène et d’asepsie. Progrès absolument fulgurant car on mourait plus dans les hôpitaux de contamination par les « miasmes » ambiants que sur les champs de bataille ! Les malades étaient mélangés, souvent dans des lits à deux places, les contagieux non séparés des opérés ou des femmes enceintes, tout ceci faisant que la règle était l’apparition de suppurations des plaies chirurgicales et de gangrènes. (1)

Louis Pasteur

Approfondissant les tentatives de vaccination contre la variole initiées en Angleterre ou en Allemagne, Pasteur en explicite le principe et le mécanisme d’action mettant en relation le microbe et la maladie. Afin d’éviter les accidents en inoculant les germes responsables des maladies que l’on voulait éviter, il préconise et met au point l’utilisation de germes à virulence atténuée. En 1885 il découvre le vaccin contre la rage qu’il utilise avec succès sous sa forme atténuée sur un enfant. Le but de la vaccination est d’induire, par l’injection d’un antigène, la production d’anticorps, agents biologiques naturels qui permettent à l’organisme de se défendre contre la maladie lors d’un prochain contact. Ces anticorps ont une action spécifique vis-à-vis de l’antigène injecté, et ne protègent donc que d’une maladie et pas d’une autre.

Quand le toxique devient médicament

Claude-Adolphe Nativelle (2) nourrit grâce à sa mère un grand intérêt pour les plantes. Orphelin très jeune, et étant devenu pharmacien, il consacre sa vie entière à ses recherches sur les plantes ; il se passionne finalement pour la digitale pourprée, utilisée depuis longtemps de façon très empirique en infusions ou macérations comme tonique cardio-vasculaire. Mais l’utilisation rationnelle de cette plante toxique découverte par William Withering ne pourra se faire que lorsqu’aura été isolé, parmi les nombreux principes la composant, le véritable principe actif à l’état pur et toujours strictement identique à lui-même.

Digitale pourprée_digitaline_détailDigitale pourprée_digitaline_détail

Alors qu’il avait 60 ans, Nativelle fut récompensé par le « Prix Orfila » (19 mars 1872) pour avoir le premier réussi à obtenir la digitaline à l’état pur sous forme cristallisée. On pouvait enfin utiliser ce cardiotonique de manière sûre et efficace dans des travaux de recherche reproductibles avec des doses extrêmement précises puis l’étendre aux malades souffrant d’insuffisance cardiaque.

C’est ainsi que la pharmacologie moderne est née d’abord des drogues traditionnelles dont on a extrait et purifié les différents principes actifs puis ensuite de l’organisation et de la rationalisation de la recherche. On crée alors de nouvelles espèces chimiques, on copie ou modifie certains principes naturels pour en améliorer l’efficacité ou la tolérance.

Médicament homéopathique

Similitude, individualisation, infinitésimal : l’homéopathie fait ses premiers pas

C’est aussi à cette époque que Hahnemann fonde l’homéopathie basée sur la théorie des similitudes ; elle consiste à soigner le mal par des substances capables de reproduire les mêmes symptômes que ce mal chez des personnes en bonne santé. Ces éléments subissent des dilutions successives (on ne parle ici pas de dosage) et sont finalement administrés à des doses infinitésimales.

L’appellation « CH » signifie « Centésimale Hahnemanienne » et indique que le médicament a été préparé selon le mode de préparation par dilutions successives au centième. Le chiffre précédant CH mentionne le nombre de dilutions successives effectuées.

Par exemple, on parle de 3 CH quand le médicament a été dilué 3 fois (au centième) en partant de la teinture mère, de 30 CH quand il a été dilué 30 fois dans les mêmes conditions.

Certaines dilutions ne permettent même pas de retrouver la substance dans le solvant. Ces doses homéopathiques sont réputées stimuler les réactions de défense naturelle du malade. On ne traite pas la maladie, on aide le malade à la combattre, pour autant que celui-ci a encore les capacités de réagir.

Oubliée pendant deux siècles, l’homéopathie a difficilement fait sa place dans le monde de la santé ; elle n’a retrouvé un regain d’intérêt qu’au XX° siècle lorsque le développement des laboratoires pharmaceutiques et l’engouement pour la paramédecine ont permis sa diffusion plus large.

Dr. Annick JAMES-DEIDIER

À suivre
– Du 20e siècle à nos jours, la révolution pharmaceutique, la recherche clinique et fondamentale, les perspectives

Bibliographie
1. François CHAST, Histoire contemporaine du médicament. Editions La Découverte. 09-95
2.  Albéric CAHUET, Claude Adolphe Nativelle 1812-1889 – Histoire d’une vie dans l’histoire d’une époque, Presses de Draeger Frères – Ed. 1937

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