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Le médicament, quelle histoire ! 6e partie

Deuxième partie du XXe siècle : les antibiotiques font leur apparition avec la pénicilline, qui sauve de nombreux blessés lors de la Seconde Guerre mondiale. La recherche contre le cancer se met en place et offre les premiers traitements contre celui-ci. L’apparition de la pilule contraceptive marque un tournant dans l’histoire des médicaments : pour la première fois, un traitement n’est pas destiné à soigner une maladie… Suite des principales découvertes du siècle.

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Chronologie histoire des médicaments de 1900 à nos jours                                          Chronologie histoire des médicaments de 1900 à nos jours (cliquer pour agrandir)

– En 1932, un sulfamide permet pour la première fois la guérison d’une maladie infectieuse sévère et généralisée chez un enfant (septicémie)(1). Les propriétés antibactériennes des sulfamides sont par la suite confirmées.

Culture pénicilline en laboratoire

En 1941, la pénicilline, isolée par Flemming à partir d’une moisissure, est découverte comme antibiotique, c’est-à-dire capable de s’opposer à la croissance et à la vie de certains micro-organismes. Sa fabrication industrielle favorise un rapide et large développement pour traiter de nombreuses maladies infectieuses dont les patients mouraient auparavant. Les antibiotiques ont sauvé un grand nombre de blessés pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les premiers neuroleptiques révolutionnent totalement le traitement des maladies mentales grâce aux travaux d’Henri Laborit, soutenus par le laboratoire Specia (groupe Rhône Poulenc) et bouleversent l’organisation des institutions psychiatriques (1). Les patients qualifiés de « fous » recevaient en effet essentiellement des traitements considérés aujourd’hui comme barbares (enfermement total et convulsivothérapie, c’est-à-dire choc violent électrique ou médicamenteux) ; ils ont vu avec bonheur – et des résultats encourageants à la clé – leurs méthodes de traitement changer progressivement, du fait d’une meilleure compréhension des mécanismes neurologiques de leurs symptômes psychiatriques. Les découvertes médicamenteuses se sont enchaînées rapidement pour arriver aux nombreux moyens thérapeutiques actuels.

Les composés extraits de la corticosurrénale en 1950 (prix Nobel) aboutissent à la synthèse de la cortisone en 1952 avec toutes ses applications en rhumatologie et endocrinologie.

Recherche fondamentale

À partir des années 50, plusieurs anticancéreux puissants sont découverts, mis au point et utilisés.

Citons pour exemple :

  • le 5-fluoro-uracile pour les cancers digestifs et les tumeurs du sein ;
  • l’aracytine, développée à partir d’éléments naturels isolés dans une éponge issue des eaux vertes de Floride (1). Elle deviendra un élément majeur du traitement des leucémies aiguës myéloblastiques.

Dans les années 60, isolée à partir de bactéries non pathogènes (streptomyces), un autre anticancéreux, l’adriamycine, devient l’un des piliers des protocoles de traitement pour d’autres cancers du sang (lymphomes) et pour la quasi-totalité des autres cancers.

La pilule contraceptive, mise au point et approuvée aux États-Unis en 1960, a été finalement officiellement acceptée en France en 1967 grâce à la loi Neuwirth. Pour la première fois, la recherche médicale mettait à disposition un traitement qui n’était pas destiné à une maladie. De nombreuses polémiques ont agité cette époque car l’idée de la contraception bousculait de nombreuses consciences. Depuis lors, elle est devenue partie intégrante du choix de vie des femmes – et des hommes – et du meilleur moment pour mettre un enfant au monde.

La composition des pilules contraceptives a beaucoup évolué depuis cette époque, les chercheurs modifiant les dérivés progestatifs et les doses d’estrogènes associés afin de satisfaire aux exigences d’efficacité, de tolérance et de confort des femmes et de répondre aux besoins des différents cas particuliers. (voir notre article sur le sujet).

Sur le sujet :
– Dossier « Choisir sa contraception »
– Dossier « La contraception orale par pilule combinée œstroprogestative »

Transplantation cardiaque

1967 : la première transplantation cardiaque en Afrique du Sud par Christian Barnard représente une autre révolution majeure, bien que des transplantations rénales soient déjà pratiquées couramment depuis plusieurs années dans plusieurs pays dont la France. La différence est que le cœur est unique alors que nous avons deux reins et que le donneur ne pouvait pas être, comme pour le rein, un donneur vivant. De plus, le risque de rejet est fatal pour le cœur, tandis que pour le rein, le malade peut reprendre une dialyse. C’est ce qui arriva malheureusement au premier greffé du cœur qui mourut au bout de 18 jours : l’insuffisance d’efficacité des traitements immunosuppresseurs de l’époque entraîna le rejet du greffon par l’organisme du patient.

L’arrivée de la cyclosporine A découverte par hasard à partir d’un champignon de Norvège par un chimiste des laboratoires Sandoz à Bâle, François Borel,    révolutionne le monde de la transplantation d’organes (1976). Ce nouvel immunosuppresseur évite le rejet de la greffe et devient le pilier du cocktail immunosuppresseur délivré aux transplantés. Le nombre et la nature des transplantations font un bond extraordinaire : cœur, rein, foie, pancréas, etc.

La cyclosporine A sera plus tard également utilisée avec succès pour le traitement de certaines maladies auto-immunes sévères.

Dr. Annick JAMES-DEIDIER

À suivre
– Sida, fléau du 20e siècle
– Recherche médicamenteuse, les perspectives

Bibliographie
1. François CHAST, Histoire contemporaine du médicament, Editions La Découverte. 09-95

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