Actualités

Naissance d’un médicament: procédures de découverte, recherche et développement 3/6

Les études d’efficacité et de toxicité testent, chez l’animal, le potentiel thérapeutique des molécules étudiées. Le chemin sera encore long avant la mise sur le marché d’un médicament. Suite de notre dossier sur la recherche et le développement des médicaments.

À lire aussi :
Médicaments et vaccins, en faveur de l’espérance de vie… ou pas ? 1re partie2e partie

Animaux de laboratoire_R&D médicament

Deuxième étape : études chez l’animal

Les études d’efficacité réalisées chez les animaux de laboratoire ont pour objectif de confirmer l’activité principale du produit observée dans les expériences précédentes. Les organes et fonctions cibles font l’objet d’une étude approfondie pour vérifier cette propriété et tester différentes doses ou voies d’administration. Plusieurs lots d’animaux sont sélectionnés pour ces études.Les fonctions vitales des animaux sont parallèlement observées méticuleusement afin de détecter tout autre effet concomitant, considéré comme un effet secondaire ou indésirable. L’exploration concerne tous les appareils : cardio-vasculaire, respiratoire, rénal, cérébral…

Les études de toxicité déterminent d’abord la toxicité aiguë, puis la toxicité chronique :
– en aigu, on doit déterminer la dose létale 50 (DL 50), c’est-à-dire la dose qui tue 50 % des animaux dans un temps donné, une semaine par exemple. Il s’agit le plus souvent de rats et souris répartis en groupes de doses administrées dans des conditions très précises. Outre la mortalité, on note toutes les modifications de comportement de ces groupes d’animaux. Actuellement des méthodes simplifiées permettent de déterminer la DL 50 sur un nombre plus faible d’animaux ;

– la toxicité chronique étudie les conséquences néfastes de l’administration répétée du produit, une ou deux fois par jour tous les jours, pendant 3 à 6 mois, en fonction de la durée de traitement potentiellement prévue chez l’homme. Les études sont effectuées sur deux ou trois espèces différentes adultes : souris, rats et lapins répartis chacun en trois lots différents : faible dose, dose moyenne et dose élevée du produit. Si le médicament est destiné à un usage chez l’enfant, une étude complémentaire chez de très jeunes animaux est nécessaire.

Les signes recherchés sont à la fois cliniques et biologiques. Ces études sont très coûteuses et ne sont entreprises que si le produit a des chances de devenir un médicament.

Les effets sur la reproduction et la mutagenèse (mutations génétiques sur les descendants)
Il est très important de vérifier les effets potentiels d’une substance sur l’activité sexuelle, la fertilité et ses répercussions sur les descendants. Des études spécifiques notent les modifications de comportement sexuel des animaux mâles et femelles, la fréquence de leurs accouplements et la fréquence des gestations.

La toxicité éventuelle du produit est observée en outre chez les descendants chez lesquels on recherchera :
– toute anomalie morphologique (absence ou malformation de parties du corps ou des membres) ;
– tout retard de croissance ;
– ou toute altération anatomique ou fonctionnelle des organes vitaux (cœur, foie, reins, cerveau…).

Médicaments

Ce sont les études de tératogénicité qui sont pratiquées sur les femelles gestantes de trois espèces différentes par l’administration du produit testé pendant toute la durée de leur gestation ; les animaux de chaque espèce sont répartis en plusieurs groupes recevant chacun une dose quotidienne différente. En fonction des résultats obtenus, le produit sera ou non contre-indiqué chez la femme enceinte.
Pour certains produits, les descendants de deuxième génération seront aussi étudiés.

Les études de mutagenèse (modification d’un ou plusieurs gènes) ont pour objet de rechercher sous l’effet du traitement toute modification du capital génétique (génome) des souches étudiées, qu’elle soit suivie de conséquences ou non.

Enfin, le risque cancérigène de l’administration répétée d’un traitement est évalué par des études longues de un à trois ans chez des rats et des souris des deux sexes. Ces études ont pour but de démontrer si le produit est susceptible ou non d’induire l’apparition d’un cancer ou d’augmenter la fréquence d’apparition des cancers spontanés.

Ce n’est qu’à l’issue de toutes ces études chez l’animal que sera prise la décision de poursuivre ou non chez l’homme.

À ce stade de recherche, un grand nombre de molécules sont encore rejetées, car elles ne remplissent pas les conditions pour un développement chez l’homme, soit pour des raisons de tolérance soit pour leur intérêt médical insuffisant.

Schéma procédure R&D médicament                                                         Schéma procédure R&D médicament (cliquer pour agrandir)

Dr. Annick JAMES-DEIDIER

À suivre
– Les études chez l’homme : phases I et II
– Les études chez l’homme : phase III – Le dossier d’enregistrement
– La commercialisation et les études de pharmacovigilance : phase IV

Bibliographie
1. http://icm-institute.org/menu/developpement/lecyclededeveloppementdesmedicaments
2.http://www.journaldunet.com/economie/enquete/laboratoires-pharmaceutiques/1-cout-recherche-developpement.shtml
3. http://www.leem.org/article/rd-du-medicament-repartition-financement-0
4. http://www.dgcis.gouv.fr/files/files/directions_services/secteurs-professionnels/etudes/etude-pharma.pdf Nelly WEINMANN

Articles similaires