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La cigarette électronique à l’étude : premiers résultats 1/2

La cigarette électronique a déjà fait couler beaucoup d’encre ; le Parlement européen s’en est même ému qui, en octobre dernier, votait une loi relative au statut de l’e-cigarette et à son devenir : médicament, produit du tabac ou de consommation courante. Entre attirance et rejet, détracteurs et inconditionnels ont de quoi s’enflammer sur la question du vapotage.

Cigarette électronique

La cigarette électronique suscite un attrait et un intérêt certains pour le consommateur ; en même temps, elle soulève polémiques et controverses concernant sa potentielle innocuité ou, à l’opposé, ses dangers réels ou supposés. Comme toujours, tout dépend du contexte dans lequel elle est utilisée, des produits qu’elle renferme, par qui elle est utilisée et comment son utilisation est encadrée. Il faut aussi prendre en compte la fréquence de son utilisation, les doses de nicotine absorbées et la durée dans le temps de sa consommation.

Pour tenter d’éclairer quelque peu l’opinion de chacun, nous présentons ici les résultats d’une étude médicale néozélandaise publiée récemment dans l’une des plus importantes revues médicales internationales, THE LANCET (1).

La cigarette électronique, efficace en cas d’addiction au tabac ?
L’objectif de cette étude était de vérifier si l’utilisation de la cigarette électronique était plus efficace que les patches de nicotine pour aider les fumeurs à lutter contre leur addiction au tabac et à parvenir au sevrage complet. L’étude a été réalisée sur deux ans, entre septembre 2011 et juillet 2013, par une équipe médicale d’Auckland en Nouvelle Zélande.

Des adultes de plus de 18 ans désireux d’arrêter de fumer ont été répartis par tirage au sort informatique en groupes homogènes stratifiés :
– selon leur origine ethnique (Maori, ethnies des îles Pacifique ou ″non Maori et non Pacifique″) ;
– selon leur sexe (homme ou femme) ;
– selon leur niveau de dépendance à la nicotine évalué à l’aide du test de Fagerström (source : santé-médecine.net) : fumeurs ayant une évaluation >5 c’est-à-dire très dépendants versus ceux ayant une évaluation ≤ 5.

Cigarette ou e-cigarette

Sevrage complet du tabac ou non après 6 mois d’arrêt, enjeu de l’étude
En fonction du tirage au sort équilibré par blocs de 9 personnes dans un rapport de 4:4:1 (c’est-à-dire : 4 personnes reçoivent un traitement, 4 reçoivent l’autre traitement à comparer et une personne reçoit le placebo), on leur a attribué :
– soit des cigarettes électroniques dosées à 16 mg de nicotine ;
– soit des patches de nicotine dosés à 21 mg (un patch par jour) ;
– soit des cigarettes électroniques placebo (sans nicotine).

Le traitement a commencé une semaine avant le jour du sevrage tabagique et s’est prolongé jusqu’à 12 semaines après l’arrêt. Les participants ont également bénéficié d’un léger soutien psychologique et comportemental, à la demande, par téléphone.
Le critère principal de jugement des résultats de l’étude était le maintien du sevrage complet du tabac 6 mois après l’arrêt, vérifié par des dosages de monoxyde de carbone dans l’air expiré par le patient.

Des résultats inférieurs aux prévisions mais des tendances encourageantes
Au total, 657 personnes ont été incluses dans l’essai dont 60 % de femmes. L’âge moyen était de 43 ans. Tous étaient des fumeurs anciens, ayant commencé à fumer dans leur très jeune âge.
–    289 ont reçu les cigarettes électroniques chargées en nicotine ;
–    295 ont reçu les patches de nicotine ;
–    73 ont reçu les cigarettes placebo sans nicotine.

Globalement, chez l’ensemble des participants, l’obtention finale du sevrage complet à 6 mois a été moins bonne que ce qui avait été prévu lors des estimations statistiques pour le calcul de puissance des résultats.
En effet, pour avoir un résultat statistiquement significatif, il faut avoir suffisamment de personnes dans chaque groupe pour que les différences notées soient valides. Ce manque de puissance statistique ne permet pas de conclure de façon définitive ; il est donc nécessaire de conduire de nouvelles études sur un plus grand nombre de sujets pour confirmer ces premières données.

Patches de nicotine

Néanmoins, des résultats de tendance se dégagent entre les 3 groupes pour le critère « sevrage complet du tabac pendant 6 mois » :
– 7,3 % des personnes du groupe cigarettes électroniques avec nicotine (21 sur 289) ont totalement arrêté de fumer au contrôle à 6 mois ;
– 5,8 % du groupe patches de nicotine (17 sur 295) ont atteint cet objectif ;
– 4,1 % du groupe cigarettes électroniques placebo ont stoppé leur consommation de tabac.

Un écart de 3,2 % est à noter en faveur du groupe cigarette électronique à la nicotine par rapport au groupe cigarette électronique placebo et de 1,5 % en faveur de la cigarette électronique vis-à-vis du patch à la nicotine.

Les pourcentages d’événements indésirables enregistrés dans les trois groupes ne sont pas différents et la preuve de leur relation avec le produit administré n’a pas été apportée.

Dr. Annick James-Deidier

À suivre
– L’interprétation des résultats
– Les perspectives

Bibliographie
1) Dr Christopher Bullen, Colin Howe, Murray Laugesen, Hayden McRobbie, Varsha Parag, Jonathan Williman, Natalie Walker. Electronic cigarettes for smoking cessation: a randomised controlled trial. The Lancet, Early Online Publication, 9 September 2013, doi:10.1016/S0140-6736(13)61842-5 – http://www.thelancet.com/
2) http://www.absolut-vapor.com/addiction-tabac/une-etude-sur-les-effets-de-la-ecigarett/
3) http://www.jim.fr/e-docs/00/02/28/86/document_actu_pro.phtml – JIM

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