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Les piercings : de l’esthétique aux complications 1/3

À ses débuts marginal et rebelle, le piercing se fait aujourd’hui embellissement du corps, vu comme une partition inachevée et support d’expression libertaire. Objet de conduites à risque ou d’obéissance à la mode, on vous dit tout sur le piercing… et ses complications.

Portrait_piercings

Les marins et les soldats l’ont utilisé comme symbole de leur force et de leur virilité ; les groupes et communautés de marginaux (punks ou hippies), de même que les gays, l’ont brandi comme étendard de leur liberté parfois protestataire ; la mode s’en est emparée et le voilà désormais populaire : le piercing est partout !

Le chercheur et sociologue David Le Breton (1) souligne l’importance, depuis l’Antiquité, de la signification du tatouage ou du piercing comme appartenance à une caste ou à une société, comme langage de révolte ou comme signe d’infamie des repris de justice.

Jeunes désireux d’affirmer leur personnalité ou de se libérer de l’image de leurs parents y ont aujourd’hui recours, confirmant, toujours selon David Le Breton (1) (2), que piercing et tatouage sont devenus les accessoires de la mise en scène de soi.

De fait, ils correspondent à une « tendance contemporaine à considérer le corps comme inachevé, ouvert à tous les embellissements ou à toutes les modifications, à un besoin de se mettre en scène en décorant ou en érotisant son corps ». ce « design corporel » correspondrait aussi à un besoin de conduite à risque et de reconstruction de soi pour les jeunes en difficulté.

Un quart des jeunes concernés
La prévalence du piercing chez les jeunes est variable selon les pays et selon les milieux sociaux. Si l’on se réfère à deux études publiées et réalisées, l’une au Canada en 2002 (3) et l’autre en Italie en 2009-2010 (4) sur des populations d’étudiants de lycée, elle concernerait à peu près un quart de la population des jeunes ayant répondu aux questionnaires :

– 27 % des jeunes inclus dans l’étude de Deschesnes au Canada incluant 2180 étudiants,
– 25,4 % des jeunes de l’étude de Quaranta sur un échantillon de 1598 étudiants

déclarent avoir au moins un piercing. On ne compte pas comme tel les jeunes filles qui ont les oreilles percées dans le but de porter des boucles d’oreilles. L’âge moyen au moment du premier piercing est de 15,3 ans dans l’étude italienne tandis que dans l’étude canadienne, près de 53 % des étudiants ayant des piercings l’ont fait avant l’âge de 15 ans. La répartition selon le sexe est très inégale puisque dans ces deux études, environ 4 filles portent des piercings pour 1 garçon seulement.

Accessoires piercing

Des sourcils au nombril, les piercings se logent presque partout, y compris au-dessous de la ceinture !
Les sites de piercing sont variables et dépendent beaucoup du sexe de l’adolescent.

Dans l’étude canadienne (3) :
– le sourcil est le site de prédilection pour 46 % des garçons (contre seulement 9 % pour les filles). viennent ensuite, pour les garçons, le mamelon (19 %) et la lèvre (11 %) ;
– en revanche, les filles ont une préférence pour le nombril (62 % contre moins de 1 % pour les garçons), le sommet de l’oreille (43 %) ou le nez (16,5 %) ;
– les piercings des organes génitaux sont rarement choisis par les étudiants quel que soit leur sexe. leurs complications spécifiques peuvent avoir des conséquences graves à court ou long terme (5) ;
– le piercing de la langue est le seul dont la popularité augmente en fonction de l’âge : 6,6 % chez les 12-13 ans, 13,5 % chez les 14-15 ans et 17 % chez les 16-18 ans (3).

Annick James-Deidier

À suivre
– Les complications
– Les recommandations et principes à respecter
– Le processus de cicatrisation

Sources et bibliographie
1. D. Le BRETON, Signes d’identité, tatouages, piercing et marques corporelles. Ed. Métalié. 2008, 228 p.
2. C. FOURMAUX-POULAIN, JIM 22/10/2013.
3. DESCHESNES M, DEMERS S, FINES P. Prevalence and characteristics of body piercing and tattooing among High School students.
Can J Public Health 2006; 97(4): 325-9
4. QUARANTA A et al. Body piercing and tattoos: a survey on young adults’ knowledge of the risks and practices in body art.
BMC Public Health 2011; 11: 774
5. http://pmb.santenpdc.org/doc_num.php?explnum_id=2424
Photo : Wikimedia Commons, Sara Marx from Leipzig, Germany

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