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Les piercings : de l’esthétique aux complications 2/3

Le piercing se généralise, certes, mais il n’est pas anodin. Un tiers des perçages évolue vers une complication, bénigne ou particulièrement grave et douloureuse. Voici une liste non exhaustive des conséquences possibles, variables selon le terrain et le sujet.

Piercing oreille

De l’esthétique à la complication infectieuse ou chondrite
La demande augmente, le nombre de non-professionnels aussi. Ceux-là pratiquent des piercings dans des conditions de méconnaissance plus ou moins grande des règles d’hygiène ; les complications sont de fait de plus en plus fréquentes avec des conséquences qui, parfois, peuvent être graves.

Les complications infectieuses
Ce sont les plus fréquentes ; elles sont caractérisées par l’apparition d’une douleur, d’une rougeur, d’une chaleur et d’un gonflement local autour du point d’implantation. Elles peuvent faire craindre une aggravation avec développement d’un abcès ou encore d’une chondrite (infection du cartilage, particulièrement vulnérable). Elles peuvent être précoces ou tardives, le processus de cicatrisation pouvant être très long. Leur fréquence varie en fonction du site du piercing et des conditions de septicité locale, le nombril étant le plus fréquemment touché.

Infection piercing lèvre         Infection d’un piercing de joue
Infection d’un piercing de la lèvre inférieure  /  de la joue
Sources : http://www.stigmates.fr/pages/piercing.htmlhttp://news.bme.com/tag/risks/

Ces complications infectieuses peuvent être d’origine bactérienne (streptocoques, staphylocoques, pyocyaniques) ou très rarement provoquer un tétanos chez les sujets non vaccinés. Elles peuvent être aussi d’origine virale : virus de l’Hépatite B, C ou D, VIH (virus du SIDA) ou encore papillomavirus et herpès.

Piercing_chondrite oreille

Chondrite et abcès du cartilage de l’oreille
Source : http://www.ghorayeb.com/earpiercingcomplications.html

Plus grave encore, l’infection bactérienne locale peut se généraliser et évoluer vers une septicémie, une endocardite infectieuse (infection de la paroi interne du cœur) (1), vers une infection ostéo-articulaire ou encore vers un choc toxique. Ces cas sont rares, mais très graves ; ils nécessitent une hospitalisation.

Les complications hémorragiques
On les rencontre en particulier à l’occasion des piercings de la langue (muscle très vascularisé) ; ceux-ci font partie de ceux qui entraînent le plus grand nombre de complications.

Les nécroses
Ces troubles de la vascularisation assortis de mort cellulaire ou tissulaire dus à une contamination ont pour conséquence une perte de substance et une cicatrisation très longue à obtenir et très disgracieuse. Un changement de couleur autour d’un piercing de la langue doit alerter : si la zone qui entoure le point de perçage passe du rose/rouge au blanc grisâtre, il faut consulter d’urgence un médecin : il y a risque de nécrose et gangrène.

Les lésions nerveuses
Elles se manifestent par une paralysie d’un rameau du nerf facial par exemple (piercing de la joue), par l’apparition de névralgies par irritation d’un rameau nerveux sensitif ou par une perte de la sensibilité fine.

Les réactions allergiques
Elles sont dues au métal, au nickel en particulier et aux produits de nettoyage du bijou. Elles se manifestent par des dermites de contact (développement d’eczéma ou d’urticaire de contact) qui risquent, en cas de piercings multiples, de se généraliser surtout chez les sujets ayant un terrain atopique (allergique) ou d’évoluer vers d’autres manifestations allergiques telles qu’une rhinite allergique chronique. Ces allergies au nickel sont de plus en plus fréquentes (2).

Les réactions dentaires ou gingivales
Elles concernent les piercings intra-buccaux, telles que des lésions de l’émail, fissures ou abrasions dentaires, ou encore des rétractions de la gencive par irritation chronique (2).

Les complications traumatiques
Elles ont lieu lors d’accrochages accidentels du bijou lors de pratiques sportives ou autres. Les risques consistent en une déchirure cutanée, une hémorragie ou un nouveau risque d’infection et de mauvaise cicatrisation.

La formation de chéloïdes
Manifestations de plus long terme, ces cicatrices hypertrophiques plus ou moins visibles peuvent parfois prendre l’aspect d’une véritable tumeur, tout en restant bénignes. Certaines qualités de peau ayant une tendance naturelle à la formation de cicatrices chéloïdes, il serait prudent d’éviter tout piercing si l’on est concerné.

Piercing_chéloïde oreille 1         Piercing_chéloïde oreille 2
Exemples de chéloïdes de l’oreille
Source: http://www.ghorayeb.com/earpiercingcomplications.html

Cette liste de complications n’est pas exhaustive, le but ici est de savoir comment les éviter.

Le pourcentage de complications est variable selon les enquêtes et les diverses publications sur ce sujet ; globalement il faut retenir qu’on rencontre, toutes complications confondues, au moins une complication sur trois piercings, les plus fréquentes étant les complications infectieuses locales.

Annick James-Deidier

À suivre
– Les recommandations et principes à respecter
– Le processus de cicatrisation

Bibliographie
(1) KLUGER N: Bacterial endocarditis and body art: suggestions for an active prevention. Int J Cardiol 2009,136 (Suppl 1):112–113.
(2) http://pmb.santenpdc.org/doc_num.php?explnum_id=2424

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