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Les piercings : de l’esthétique aux complications 3/3

Si un tiers des piercings entraîne des complications, celles-ci sont en partie évitables : choix du professionnel, hygiène rigoureuse dans les jours qui suivent l’intervention, prise en compte des cas particuliers… Portrait du candidat au piercing dans cette troisième et dernière partie consacrée au sujet.

Piercing langue

Le piercing en pratique
La première recommandation est de bien réfléchir avant de prendre la décision de se faire “piercer”. Dans le cas des adolescents, le rôle des parents est de les mettre en garde face aux risques encourus ; si la décision est confirmée, ils doivent les informer des précautions à respecter impérativement et scrupuleusement.

Le choix de la localisation du piercing est important à considérer et procède d’une décision personnelle. Ne vous fiez pas aveuglement aux conseils de l’entourage scolaire ou des groupes d’amis et connaissances ! Être obligé de retirer un piercing quelques jours ou semaines après l’avoir posé parce qu’on ne le supporte pas n’est pas un bon choix.

Il est capital de choisir soigneusement l’opérateur ; on veillera à ce que le professionnel soit expérimenté, opère dans un milieu propre et utilise du matériel stérilisé et à usage unique. Une visite préalable est recommandée pour inspecter les lieux et vérifier les compétences.

Professionnel du piercing

Dispositif de santé publique, charte de bonnes pratiques, formation professionnelle, une sécurité récente pour les candidats au piercing
Depuis 2008, un décret (1) réglemente la pratique du tatouage (et du maquillage permanent) et celle du piercing :
– le professionnel doit avoir déclaré son activité à l’agence régionale de santé et doit avoir validé une formation aux conditions d’hygiène par un organisme habilité. ce point peut être vérifié avant de faire pratiquer le piercing ;
–  il doit opérer dans une salle réservée à cette pratique et respecter le circuit des déchets infectieux ;
– le matériel traversant et le matériel en contact avec la peau ou les muqueuses du client doit être stérilisé ou stérile à usage unique ;
– les tiges de perçage doivent être en titane ou en acier chirurgical inoxydable ;
– aucun piercing n’est autorisé chez les mineurs n’ayant pas l’autorisation des parents ;
– un document informant des risques de la pratique du piercing doit être remis au client avant l’intervention.

Body piercing

Quand j’entends le mot « pistolet »… je fuis !
Bien que tendant à disparaître, le piercing au pistolet est à proscrire formellement pour deux raisons importantes :
– le pistolet n’étant pas stérilisable, il risque d’entraîner de nombreuses complications infectieuses ;
– le choc mécanique généré par son utilisation peut entraîner des dégâts irréversibles tels que perforations ou déformations de cartilage (perforation de la cloison nasale, infections à répétition des cartilages de l’oreille…).

D’ailleurs, la législation française (2) ne tolère son usage que pour les piercings du pavillon de l’oreille et de l’aile du nez sous condition : le dispositif d’effraction cutanée doit être stérile. Chacune des deux parties du bijou à poser doivent être séparées du pistolet par un socle stérile et jetable de façon à ce que le pistolet ne soit jamais en contact direct avec la peau du client. Le pistolet n’est pas adapté à la pratique des piercings sur les autres parties du corps.
L’opérateur doit procéder à un lavage soigneux des mains avec un savon désinfectant adapté et mettre des gants stériles jetables. Il doit parfaitement nettoyer l’emplacement du perçage avec un produit désinfectant. Les gants sont jetés après chaque intervention.

Le choix du bijou est important : éviter le nickel particulièrement allergisant. Choisir de préférence l’acier inoxydable chirurgical ou des métaux inertes.

Prendre en compte la cicatrisation, processus plus ou moins long selon le piercing choisi
La période de cicatrisation est plus ou moins longue selon l’emplacement choisi. Le perçage de la langue et du nombril peuvent nécessiter neuf mois voire plus pour une cicatrisation complète. Pendant cette période, des soins rigoureux doivent être appliqués :
– bien se laver les mains à l’eau et au savon avant de manipuler le bijou qui doit rester en place ;
– nettoyer l’emplacement du bijou matin et soir, et même plus souvent si possible, avec un produit antiseptique non allergisant ou avec du sérum physiologique ;
– éviter l’alcool ou l’eau oxygénée qui ralentissent la cicatrisation en induisant un dessèchement cutané ;
– mobiliser doucement le bijou une fois par jour, toujours avec des mains soigneusement nettoyées ;
– éviter les bains en piscine tant que la plaie n’est pas complètement cicatrisée ;
– protéger le piercing en cas de sport ou activité au cours de laquelle un accrochage du bijou est possible ;
– en cas d’apparition d’une légère douleur accompagnée de rougeur, appliquer localement de la glace ;
– adopter le réflexe de consulter devant tout signe de complication, douleur, rougeur, allergie cutanée ou autre symptôme qui attire l’attention.

En cas d’allergie le bijou devra être retiré.

Cicatrisation piercing_précautions

Autres recommandations pratiques : des points de détail qui ont leur importance
Tant que la cicatrisation n’est pas complète, il est prudent de prendre en compte les points suivants :
– éviter les sprays de laque, les lotions irritantes, les parfums et les teintures de cheveux pour les piercings du visage et changer fréquemment les taies d’oreiller ;
– éviter de « jouer » avec le bijou au fil de la journée sans avoir des mains nettoyées correctement.

Les précautions particulières
Tous les cas particuliers doivent être pris en compte : les personnes ayant des troubles de la coagulation (soit liés à une maladie, soit en raison d’un traitement anticoagulant ou antiagrégant plaquettaire) doivent éviter le piercing ; il en est de même pour les personnes ayant tendance à mal cicatriser ou à développer des cicatrices chéloïdes.

Chez les personnes ayant des maladies générales telles que hépatite, sida, diabète, etc. le piercing est contre-indiqué. Enfin, il est recommandé d’être bien à jour de vaccinations, en particulier vis-à-vis du tétanos.

Le respect de toutes ces précautions doit permettre dans la majorité des cas d’obtenir un résultat satisfaisant sur le plan esthétique, sur le vécu personnel et sur le plan médical, sans perdre de vue que l’objectif est d’améliorer son physique et son mental, non de le dégrader.

Annick James-Deidier

Bibliographie
(1) http://www.sante.gouv.fr/tatouage-par-effraction-cutanee-et-percage.html
(2) Arrêté du 11 mars 2009 http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000020414245
D. Le BRETON, Signes d’identité, tatouages, piercing et marques corporelles. Ed. Métalié. 2008, 228 p.
C. FOURMAUX-POULAIN, JIM 22/10/2013.
DESCHESNES M, DEMERS S, FINES P. Prevalence and characteristics of body piercing and tattooing among High School students. Can J Public Health 2006; 97(4): 325-9
QUARANTA A et al. Body piercing and tattoos: a survey on young adults’ knowledge of the risks and practices in body art. BMC Public Health 2011; 11: 774
http://pmb.santenpdc.org/doc_num.php?explnum_id=2424
KLUGER N: Bacterial endocarditis and body art: suggestions for an active prevention. Int J Cardiol 2009,136 (Suppl 1):112–113.

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