Alimentation

Le jeûne, pratique d’écologie intérieure ou complément thérapeutique – 2e partie

Avant de se lancer dans un jeûne thérapeutique, il vaut mieux en connaître les étapes. Certaines sembleront difficiles à passer, notamment quand elles s’accompagnent d’un état de faiblesse, au demeurant passager. Bien encadré, le jeûne n’est pas dangereux. Au contraire, il favoriserait le recyclage des protéines, bénéfique pour l’organisme.

De l'eau pendant un jeûne thérapeutique

Mettre en œuvre un jeûne thérapeutique
Si vous avez décidé de mener un jeûne thérapeutique, un accompagnement est à envisager surtout si c’est la première fois. Avant le jeûne proprement dit, il faut respecter un protocole préalable et préparer l’organisme à ce changement intérieur.

Il convient de suivre ces trois étapes :

la phase préparatoire, pendant laquelle on réduira progressivement sa ration alimentaire en évitant de plus en plus les produits gras, raffinés, sucrés, carnés. Celle-ci peut durer plusieurs jours, proportionnels au nombre total de jours de jeûne ;
le jeûne lui-même, complet ou partiel ;
la réintégration alimentaire, qui consiste à revenir graduellement à une alimentation normale.

La durée du jeûne est de trois à quinze jours et peut se prolonger jusqu’à trois semaines dans des conditions contrôlées et sous réserve de contre-indications médicales ou affections particulières. Ce sont les trois premiers jours qui sont potentiellement difficiles car « pour jeûner, il faut d’abord penser autrement ».

Dans un premier temps, la restriction alimentaire
A minima, à J – 2, on éliminera viande et poisson de son alimentation ; à J – 1, les laitages et les œufs. Insistons sur la phase préparatoire, partie intégrante du jeûne lui-même, qui permet de l’optimiser. Cette phase est d’autant plus importante que le corps est encrassé.

Bouillons et tisanes pendant le jeûne

Certains jeûnes incluent tisanes, jus de fruits et bouillons de légumes, comme à la clinique Buchinger* à Überlingen (Allemagne) par exemple, tandis que d’autres n’autorisent que l’eau. Les approches sont plus intégratives que par le passé, proposant en soutien des exercices physiques doux, des massages, de la physiothérapie, des apports théoriques, etc.

Le jeûne chez les animaux et les hommes, une même mécanique
Dans un contexte social, politique et/ou religieux qui considère la privation de nourriture comme une régression plutôt que comme un progrès, il a fallu procéder par étapes. Les premières observations ont commencé chez les animaux, notamment chez les manchots(1), soumis à des jeûnes intenses dans des conditions extrêmes : lorsqu’ils jeûnent, ils puisent – tout comme chez l’homme – dans leurs réserves énergétiques et protéiniques. S’il durait, le processus atteindrait un stade pathologique et irréversible.

De fait, on constate à un moment une très forte accélération de l’utilisation des protéines, qui correspond au signal de réalimentation instinctif qui permet à l’animal de recommencer à se nourrir spontanément avant qu’il soit trop tard.

Ces mécanismes ne sont pas exceptionnels, nous disposons des mêmes. En pratique, l’accélération protéinique critique n’intervient qu’au-delà d’environ 40 jours si l’on est de poids normal (voir votre indice de masse corporelle – IMC). Chez les personnes qui sont potentiellement carencées en vitamines, minéraux et acides gras (lors de régimes mal conduits par exemple), la prudence est de mise.

La mécanique corporelle du jeûne : les étapes
Phase d’épargne protéique : elle intervient dans les premières vingt-quatre heures d’un jeûne : le corps puise d’abord dans ses réserves de glycogène (sucre), notamment pour alimenter le cerveau.

Phase d’acidose : entre le troisième et le cinquième jour, la sensation de faim diminue puis disparaît. La langue se couvre d’un léger duvet blanchâtre. Le corps commence à mobiliser les graisses en réserve, l’on peut observer des moments de faiblesse.

A noter : après trois jours de jeûne, un tiers de l’énergie nécessaire au cerveau est assuré par les corps dits « cétoniques », substances produites lors de la dégradation des graisses dans l’organisme.

Corps cétoniques_jeûne thérapeutique
Phase de compensation et d’équilibre : elle intervient entre le quatrième et le septième jour. A ce stade, la faiblesse précédemment constatée disparaît.

Rupture du jeûne : elle doit absolument être prise en compte et soignée. On l’effectuera avec 200 ml de jus de fruit. Le transit redémarre, le rythme cardiaque et la température augmentent un peu.

Reprise de l’alimentation : elle sera composée de beaucoup de fruits et légumes. À ce stade, la réintroduction des aliments doit être très progressive. Si l’on mange de la viande, il faudra attendre le septième jour au minimum.

Il n’est pas rare d’opérer un changement dans ses habitudes alimentaires à ce moment-là. Heureuse nouvelle, avec le jeûne, l’envie de fumer diminue voire disparaît.

Boire de l'eau pendant le jeûne

À propos du recyclage des protéines
Lorsqu’il n’y a plus d’apport extérieur de protéines, l’organisme doit recycler les siennes propres pour renouveler ses structures cellulaires. Ce recyclage sert également à fournir du glucose au cerveau, son substrat indispensable.

En mobilisant ainsi les protéines, le jeûne permet aux structures malades du corps de se reconstruire, via leur autodigestion. Les plus âgées ou dénaturées sont sélectionnées pour être détruites, tandis que leurs acides aminés sont éliminés ou recyclés dans la synthèse de nouvelles protéines.

Sonia Kaloustian

À suivre
– Le jeûne dans la recherche scientifique et médicale : cancer, maladies chroniques et neurologiques
– Indications, contre-indications et précautions particulières

Sources et bibliographie
* l’une des pionnières dans ce domaine
(1) Travaux d’Yvon Le Maho, écophysiologiste français, directeur de recherche au CNRS à l’université de Strasbourg et membre de l’Académie des sciences
http://www.allodocteurs.fr/actualite-sante-maladie-de-huntington-une-affection-neurologique-incurable-9747.asp?1=1#1
http://www.msd-france.com/assets/Kit-Ramadan-FR-AR.pdf
http://impactaging.com/papers/v1/n12/pdf/100114.pdf
http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4694464
http://www.ibgc.u-bordeaux2.fr/lic_bioch/TD2_corpscetoniques.pdf
http://stm.sciencemag.org/content/early/2012/02/06/scitranslmed.3003293
Laboratoire des neurosciences http://www.irp.nia.nih.gov/http://www.liberation.fr/societe/2013/09/09/le-jeune-ami-des-malades_930565
19.09.2013 – France Culture – Le jeûne, l’histoire d’une thérapie médicale insoupçonnée
Le jeûne, une nouvelle thérapie ? Thierry de Lestrade, Ed. La Découverte, 2013

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