Alimentation

Le jeûne, pratique d’écologie intérieure ou complément thérapeutique – 3e partie

Depuis une dizaine d’années, des études américaines montrent que la combinaison jeûne-chimiothérapie réduit significativement les effets secondaires dus aux traitements et/ou la mortalité liée à l’agressivité de certains cancers. Les premiers travaux ont d’abord porté sur les souris ; ceux réalisés sur les humains sont prometteurs.

Souris et ADN
Le jeûne, la levure et la souris
Le nom de Valter Longo, professeur de biologie américain spécialisé en biologie cellulaire et en génétique, est de plus en plus associé au jeûne thérapeutique. Ses premiers travaux portent sur des levures de raisin qu’il soumet à un jeûne intense. À l’issue de celui-ci, au lieu de présenter un état de faiblesse, les levures croissent vigoureusement.

Il transpose l’expérience chez des souris exposées à un traitement de chimiothérapie et réduit leur ration alimentaire. Chaque fois, « la combinaison de cycles courts de jeûne avec la chimiothérapie est soit plus efficace, soit nettement plus efficace que la chimiothérapie seule », précise Valter Longo. Nous sommes en 2008 et la voie est ouverte pour explorer des voies moins agressives de traitement du cancer et des maladies neurodégénératives telles que Parkinson ou Alzheimer.

48 heures… pour revivre
2 jours, c’est le temps nécessaire pour observer des changements dans le comportement des cellules, saines et malades. Les premières savent s’adapter au manque de glucides induit par le jeûne, les secondes – les cellules cancéreuses – non, et meurent ou régressent. De fait, la restriction alimentaire modifie l’expression de certains gènes, au bénéfice des cellules bien portantes.

D’autre part, cette restriction diminue fortement les effets toxiques liés au traitement chimiothérapeutique : on observe moins de fatigue, d’états de faiblesse, d’effets secondaires sur l’appareil digestif et intestinal.

Réfrigérateur vide

Le jeûne sans chimiothérapie ?
Dans la même série d’études, on constate que des cycles de jeûne sans chimiothérapie peuvent ralentir le développement du cancer du sein ou d’une tumeur au cerveau. Dans certains cas, chez les souris, le jeûne est aussi efficace que la chimiothérapie, sans que cela soit pour autant systématique.

L’appareil digestif mis à rude épreuve en cas de chimiothérapie
Les produits administrés lors d’une chimiothérapie tuent certaines cellules intestinales. D’où la malabsorption intestinale, la perte de poids et le cortège de maux digestifs malheureusement connus des patients sous traitement.

Jeûne ou pas, pendant le traitement, on visera la suppression des aliments qui affectent les défenses immunitaires : faux sucres, pain blanc, produits laitiers et fromages à pâte non cuite. Boire au moins deux litres d’eau par jour sera également nécessaire.

Pour ce qui est du jeûne lui-même, reste à savoir si les patients pourront supporter de cesser de s’alimenter pendant deux jours avant une chimiothérapie et un jour après, ce qui pourrait ne pas être indiqué dans certains cas.

On l’aura compris, l’enjeu est d’importance : rendre la chimiothérapie plus sélective en ciblant davantage et plus vite les cellules malades et mutantes.

Cellules du cerveau

Les effets positifs de la restriction alimentaire dans le cas des maladies du cerveau
Chez les souris toujours, on a observé que le jeûne augmentait la réponse des tumeurs du système nerveux lors de chimio- ou radiothérapies. En d’autres termes, il préserverait le tissu de soutien des neurones, affecté dans le cas de ces maladies.

Selon le Professeur Mark P. Mattson*, directeur du laboratoire de neurosciences à Baltimore (États-Unis), la mise en œuvre d’exercice physique et d’une restriction alimentaire ponctuelle et intermittente peut prévenir ou ralentir les effets délétères des maladies d’Alzheimer, de Parkinson ou de Huntington (maladie héréditaire et orpheline, qui se traduit par une dégénérescence neurologique provoquant d’importants troubles moteurs et cognitifs).

Sonia Kaloustian

À suivre
– Indications, contre-indications et précautions particulières

Sources et bibliographie
*Ph.D, Senior Investigator & Chief, Laboratory of Neurosciences and Chief, Cellular and Molecular Neurosciences Section
http://impactaging.com/papers/v1/n12/pdf/100114.pdf
http://archive.sciencewatch.com/ana/st/alz2/11julSTAlz2Matt/
http://uscnorriscancer.usc.edu/
Brandhorst S, Wei M, Hwang S, Morgan TE, Longo VD, Short-term calorie and protein restriction provide partial protection from chemotoxicity but do not delay glioma progression. Exp Gerontol 48: 1120-8 (2013) – PM ID: 23454633 PMC3762887
Lee C, Raffaghello L, Brandhorst S, Safdie FM, Bianchi G, Martin-Montalvo A, Pistoia V, Wei M, Hwang S, Merlino A, Emionite L, de Cabo R, Longo VD, Fasting cycles retard growth of tumors and sensitize a range of cancer cell types to chemotherapy. PM ID: 22323820
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