Alimentation

Le jeûne, pratique d’écologie intérieure ou complément thérapeutique – 4e partie

Dans plusieurs pays, le jeûne thérapeutique, combiné ou non à d’autres traitements, a montré ses effets positifs sur le corps et le renouvellement cellulaire. Pour autant, tout le monde ne peut l’expérimenter sans tenir compte de sa morphologie, de ses paramètres personnels, de son état de santé ; sans parler de l’accompagnement, surtout si c’est la première fois. Précautions à prendre si l’on veut se lancer.

Jeûne hydrique

Quel que soit son objectif ou les circonstances personnelles qui incitent à jeûner, celui-ci ne sera véritablement efficace que s’il s’inscrit dans le cadre d’une hygiène de vie saine et régulière. Rien ne sert de jeûner si c’est pour mieux reprendre ensuite une alimentation désordonnée et toxique.

De l’objectif de confort à la visée strictement thérapeutique, les indications du jeûne sont nombreuses :
– les maladies de surcharges ou de carences métaboliques ou hormonales : obésité, diabète, hypertension ;
– les maladies chroniques inflammatoires comme la polyarthrite rhumatoïde ;
– la remise en forme : amélioration des affections du dos et des articulations, du tube digestif, du foie.

L’asthme et l’allergie se voient également réduits au cours d’un jeûne.

Dans la troisième partie de notre dossier, on a, de même, vu que la restriction énergétique alimentaire intermittente et l’exercice peuvent agir en prévention des maladies d’Alzheimer et de Parkinson (1).

Plus récemment, le Pr Valter D. Longo, biogérontologue, a publié des recherches qui ont mis en évidence des effets spectaculaires dans le domaine de la cancérologie, déjà évoqués dans ce même article.

Chez les animaux de laboratoire, le jeûne seul permet de traiter efficacement une majorité de cancers, y compris les tumeurs cancéreuses provenant de cellules humaines, selon une étude parue dans la revue Science Translational Medicine (2).

Précautions particulières
Notons que le jeûne très court (24 à 48 heures), qui peut s’effectuer seul, n’aura pas d’effet thérapeutique autre qu’un repos organique, entraînant le plus souvent un rééquilibrage des fonctions naturelles de base comme le sommeil.

On distingue ensuite les jeûnes d’une semaine de ceux de longue durée ; tous deux nécessitent une surveillance médicale, avec une observance stricte dans le deuxième cas.

Dans le cas des addictions, troubles alimentaires et dépressions, sous réserve d’un encadrement strict, les résultats semblent être au rendez-vous.

Dans un contexte de maladie, a fortiori si elle est grave, un suivi médical du jeûne thérapeutique est indispensable.

Il convient notamment de vérifier que des patients atteints de cancer peuvent supporter de jeûner pendant deux jours avant une chimiothérapie et un jour après.

Dans les limites définies – jeûne inférieur à trois semaines chez une personne de corpulence normale -, le jeûne ne présente pas de danger.

Contre-indications relatives
– Lors du jeûne, l’organisme puise dans ses réserves de graisse ET de muscles. Or le système immunitaire utilise les protéines de ceux-ci pour créer les cellules tueuses naturelles qui luttent contre les tumeurs et les virus. Le jeûne est donc déconseillé aux personnes qui ont trop peu de masse musculaire car elles risquent de voir leurs capacités immunitaires se réduire ;
– Les personnes souffrant d’une maladie hépatique ou rénale chronique doivent consulter un spécialiste du jeûne avant d’entreprendre une cure ;
– En cas de faible indice de masse corporelle (IMC), de tension artérielle basse, en phase de convalescence, de même que les personnes du 3e et 4e âge, la prudence est de mise ;
– Et surtout, pour les maladies auto-immunes, le jeûne ne permet pas une guérison à long terme sans une modification en profondeur des habitudes alimentaires, et en particulier la réduction ou suppression des céréales à trop fort index glutinique et des produits laitiers.

Contre-indications formelles
– État avancé de certaines maladies : artériosclérose cérébrale avancée, anorexie et boulimie, insuffisance hépatique ou rénale…
– Grossesse et allaitement ;
– Faiblesse et arythmie cardiaques, affections coronaires avancées ;
– Dépendances aux drogues et à l’alcool), ulcères, psychose ;
– Diabète de type 2 : conjuguer la prise de certains médicaments antidiabétiques à la diminution de l’apport alimentaire risque de provoquer des épisodes hypoglycémiques aux conséquences graves. Les personnes concernées et/ou celles souhaitant pratiquer le Ramadan devront s’informer au préalable ; des kits d’information spécialement conçus à leur intention existent et sont disponibles sur simple demande auprès des structures spécialisées.

Où aller pour jeûner ?
On trouve de nombreux centres de jeûne aux États-Unis, au Canada et en Australie ; plus proches de nous en Angleterre, Suisse et Allemagne. Quelques centres proposent cette formule en France. Choisissez-les avec vigilance (expérience en la matière, protocole, encadrement, environnement, etc.).

Sonia Kaloustian

Sources et bibliographie
(1) Professeur Mark P. Mattson, Ph.D, Senior Investigator & Chief, Laboratory of Neurosciences and Chief, Cellular and Molecular Neurosciences Section
(2) Published in Science Translational Medicine Rapid Publication on February 8 2012
Sci. Transl. Med. DOI: 10.1126/scitranslmed.300329
L’Art de jeûner (éditions Jouvence), Docteur Françoise Wilhelmi de Toledo

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