Quotidien

La santé au travail – Interview 2e partie

Deuxième volet de notre interview sur le thème des risques psychosociaux. Notre invité : François Rabourdin, psychologue clinicien et consultant en organisation.

Burn out

Quelle est la part des personnes qui consultent pour des raisons de stress au travail ?
La question ne se pose pas exactement en ces termes. En pratique, on décèle des formes de harcèlement avec, dans les premiers rôles, un harceleur et une victime. Si on n’accompagne cette dernière que sous l’angle de la victimisation, on ne l’aide pas sauf si le recours judiciaire est pertinent. Même s’il convient que toute personne en souffrance a besoin d’être entendue et accompagnée, Il me paraît très important de poser la question de l’organisation du travail et de sa place dans l’entreprise.

Mais si l’organisation du travail est délétère, que faire ?
Si l’on a épuisé les autres possibles pour soi – contribuer à faire évoluer son poste de travail ou l’organisation du travail dans sa structure ou encore trouver un autre projet professionnel –, on peut aller chercher une écoute chez un psychothérapeute pour prendre de la distance par rapport à son problème et à sa posture. Ce cadre sécurisé permet de se resituer dans son cadre de travail et éventuellement de trouver les bons interlocuteurs : le directeur des ressources humaines, le responsable du personnel ou l’inspecteur du travail.

Si la personne est isolée psychologiquement, l’idée est de la remettre dans le « lien social » qui va l’aider à gérer la situation.

Qui consulte ?
Bien sûr c’est plutôt la victime que le harceleur (quelquefois le harceleur peut aussi se retrouver dans une situation où il craque…). On a observé que, du côté de l’encadrement s’opérait une sorte de déni de réalité. « Vous allez y arriver » est l’une des phrases typiques de ce déni. Malgré les signaux de détresse qu’elle envoie, la personne qui les émet n’est pas soutenue.

Pouvez-vous nous donner quelques exemples de signaux de détresse liés à la souffrance au travail ?
L’absentéisme, le turn-over, les dysfonctionnements et défauts dans les services rendus ou produits élaborés. Si les signes restent identiques, les motifs changent. Pour les entreprises en contact avec le public, on note une recrudescence des incidents liés aux interactions avec celui-ci. Précisons que les pressions s’exercent de part et d’autre ; elles ne sont pas toujours le fait du public, facilement incriminé dans les cas de troubles au travail.

Quelle organisation peut venir en aide aux personnes en souffrance ?
Il existe des cellules d’écoute : soit au sein de l’entreprise soit à l’extérieur de l’entreprise. La démarche peut également être purement privée, comme dans le cas où l’on consulte un psychologue de sa propre initiative.

Des structures spécialisées dans la souffrance au travail se mettent en place, soutenues par le Conseil Régional, la Direccte ou autres. Certaines structures dans la région (NDLR : de Lyon) offrent l’avantage d’une écoute pluridisciplinaire, qui permet d’ouvrir plusieurs pistes simultanées d’exploration du trouble, d’où un gain précieux de temps quand on est fragilisé. En outre, elles contribuent à recréer ce fameux collectif qui a été ponctuellement ou durablement défaillant.

Sonia Kaloustian

Sources
Entretien à Lyon en face-à-face avec François Rabourdin, mars 2014
Baromètre Edenred-Ipsos 2013
http://www.juritravail.com/Actualite/conventions-collectives-accords-collectifs-ce/Id/100991

Pour aller plus loin
http://www..inrs.fr/accueil/risques/psychosociaux.html
http://www..amet.org/index.php?option=com_content&view=article&id=86:quest-ce-que-la-prevention-primaire-secondaire-ou-tertiaire-&catid=6:obligations-de-lemployeur-&Itemid=24
http://www.preventionrps.com/prevenir%20-%20niveaux-prevention.php?etape=primaire
http://www.kairos-ra.com/
http://www.souffrance-et-travail.com/infos-utiles/listes/liste-consultations-souffrance-travail/#69

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